Paroles d’éditeur : Pour une augmentation du prix de vente du livre

Un chef-d’œuvre n’a pas de prix. Et s’il devait en avoir un cela ne changerait en rien sa beauté. Dans le monde du livre nous parlons de qualité littéraire. Peu importe le tarif du livre, s’il contient un texte qui renverse par sa qualité d’écriture, il se vendra qu’il soit à dix ou trente euros.

Nous vivons dans un paradoxe qui entraîne toute la chaîne du livre et en premier lieu les auteurs dans une précarité presque jamais vue. C’est une course à la nouveauté qui part à la dérive. Les libraires ne peuvent plus faire le travail de présentation des livres et les lecteurs ne sont plus en mesure de suivre financièrement. Nous avons une moyenne de 260 nouveautés par jours, il faut bien se rendre compte de la situation grotesque qui est que trop de livre est en train de tuer le livre.

Les éditeurs ont peur de perdre des parts de marché, donc ils sont dans la cavalerie qui consiste à avoir une moyenne de parutions régulière même si le marché est saturé. Cela pourrait être positif pour les auteurs car cela retire la difficulté de trouver un éditeur. Le bon comme le mauvais trouve preneur. Mais cette situation se trouve dans une équation plus complexe. La peur fait commettre des erreurs et les moutons suivent le troupeau sans savoir qui se trouve en tête ni savoir où cela les entraîne. Ce besoin de vendre absolument et cette peur de ne pas trouver le client poussent les éditeurs à réduire les prix de vente des ouvrages. On ne parle plus de qualité mais de prix de vente. Le travail de communication sera fait sur la couverture au détriment du travail de relecture avec l’auteur qui n’est plus qu’une perte de temps. Les éditeurs sont dans la logique que moins le livre est chère plus ils vont en vendre. Rien n’est plus faux, il faut rajouter dans l’équation l’augmentation de la concurrence, la réduction du pouvoir d’achat des lecteurs, le retour aux ouvrages du patrimoine produit par une déception des nouveautés. Le résultat pour les éditeurs est une réduction du volume de vente et une perte du chiffre d’affaires.

Et les auteurs sont aussi en première ligne. Ils ne sont rien d’autre que les poilus de Verdun, de la chair à canon. Ils sont remplaçables à volonté… Pour le moment. Moins de vente et un prix réduit produisent une perte de revenu considérable. Nombreux sont ceux qui pouvaient vivre de l’écriture et qui à présent doivent avoir un travail annexe afin de simplement survivre.

La solution est pourtant simple et heureusement quelques éditeurs commencent à la mettre en application.  Elle s’applique avec deux leviers. Des droits d’auteurs d’un minimum de 10% et une augmentation du prix de vente. Il ne sert strictement à rien de faire une augmentation des droits si c’est toujours sur des clopinettes. Il faut que chaque exemplaire vendu en vaille la peine. Et tout le monde est gagnant.  L’auteur est davantage volontaire de faire la promotion de son livre car il sait qu’il ne va pas le faire pour seulement quelques centimes et l’éditeur voit sa trésorerie augmenter, ce qui lui permet de passer plus de temps sur les textes et réduire sensiblement sa production.

Car oui, cela a aussi pour conséquence que l’éditeur choisit mieux ce qu’il prend dans ses collections. Il n’est  plus question de prendre tout et n’importe quoi. Une réduction des nouveautés entraînera une augmentation de la qualité qui provoquera le retour des lecteurs vers nos auteurs contemporains.

Georges Fernandes

Editeur pour De Varly, Véda, Les Enfers …