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A Renaud

samedi 18 février 2012, par Caroline L’Homme

Tout petit format, très grand talent !

Maureen Wingrove, plus connue pour son univers drôle et girly de Diglee, nous offre ici une très belle et sombre histoire d’amour : celle de sa grande tante Georgie pour le beau Renaud, dans les années 50.

Le récit commence sur l’image de son auteur, Maureen Wingrove, qui écrit. Elle aime les souvenirs des autres, dit-elle. Parce qu’ils la réconfortent, lui donnent de l’espoir. Pourtant, l’histoire qu’elle va mettre en image est vraiment désespérée. Maureen a l’âge qu’avait sa grande tante quand elle a vécu cette romance, ce qui lui permet sans doute de la comprendre encore mieux. Et Maureen nous fait alors partager ses angoisses d’auteur devant cette histoire. Mais elle a choisi de la présenter pour son diplôme, et elle est obligée de s’y mettre, avec la peur au ventre, peur de trahir l’histoire. Mais finalement elle se donne le droit de l’interpréter à sa façon, et se lance : D’abord, la peur de Georgie quand elle voit Renaud la première fois « quand tu m’as regardé la première fois, j’ai su. J’ai su que tu étais trop fort, que tu me ferais mal... ». Elle lui cède pourtant, et ceci, dès le premier soir. Pas le choix, en quelque sorte. C’est la fatalité. Au bout d’un an de « duel » (car c’est ainsi qu’elle appelle leur histoire d’amour), Georgie réussit à le quitter. Il tente de la tuer, désespéré. »Je ne t’en ai pas voulu. C’est la première fois que quelqu’un t’échappait. ». Elle réussit pourtant à quitter cet homme qui la terrorise, et pourtant c’est elle qui pleure, dans les bras de sa petite sœur chérie Paula. Puis Georgie se relève. Elle vit. Cinquante ans après, Renaud lui écrit (sur son testament) « quel gâchis que notre vie ». Mais pour Georgie, il n’y a pas eu de gâchis. Leur amour est éternel, alors qu’il se serait amoindri, ou éteint, s’ils étaient restés ensemble. En 2003, Renaud la quitte définitivement, « pour le chemin du ciel ». Mais il n’a jamais cessé d’habiter en elle.

Le trait très noir de la jeune dessinatrice donne à cette histoire d’une autre époque une grande intensité, et ce petit album d’une quinzaine de pages se dévore en une soirée, avec passion, comme les protagonistes de l’histoire qu’il conte. Et on a envie d’en lire plus, d’en savoir plus sur cette histoire, certes, mais c’est probablement aussi sa brièveté qui lui donne tant de force.

  • Maureen Wingrove
  • Manolosanctis

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