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Ce que l’océan ne dit pas

mardi 30 septembre 2008, par Sarah Chelly

Marennes, au cœur de la Charente. Nous sommes en pleine période d’après guerre. Christine est en train de vivre les tendres années de son enfance. Née au sein d’une famille peu ordinaire, elle se voue à un destin hors du commun : elle rêve d’écrire et de devenir auteur...

Elle est entourée de sa mère, Sylvia, musicienne d’origine italienne, de son frère et de ses grands parents, nonno et nonna, ainsi que de sa tante Zia. Son père, juge de campagne originaire de Corrèze, délaisse le foyer pour aller s’occuper de ses conquêtes féminines et de ses affaires au tribunal. Christine est pourtant une enfant choyée, désirée et adorée par sa mère.

Elle coule donc des jours heureux au milieu de ce village et de ses personnages satellites. Ils entourent sa vie et composent son monde.

Ils sont tous plus originaux les uns que les autres. Il y a Babert, le vendeur de moules, Fanfan le tailleur de costumes, Albine la bijoutière ou encore Boursaut le « voisin-la-haine »qui passe son temps à gâcher la bonne humeur.

Ce livre nous narre donc le quotidien et la vie de ces gens. Véritable peinture de la société, cette histoire nous est racontée de façon drôle, sensible, mais aussi parfois très réaliste. L’écriture limpide rend le style agréable, on se laisse bercer par l’histoire comme si l’on se trouvait à bord d’un bateau. La croisière vaut le coup, puisqu’on se trouve plongé dans cet univers dont l’océan est un élément substantiel et un compagnon pour la petite fille. Il constitue un personnage aussi important que les autres, et parfois on a l’impression qu’il prendrait presque forme humaine. Le rapport que Christine entretient avec l’Atlantique est plus que fort, puisque il est le seul à qui elle se confie et qu’elle laisse entrer dans son secret d’écriture. Le style de l’auteur coule comme les vagues de la mer, et c’est souvent à travers elle qu’elle raconte un destin, son destin.

En effet, on découvre que ce roman, est au fait largement autobiographique, puisque la vie d’ Hortense Dufour ressemble trait pour trait à celle de la petite Christine...

On découvre aussi que le cercle familial est très marqué dans le récit. A l’omniprésence de la mère et de la mer, s’oppose l’absence du père, qui passe comme un fantôme dans ce foyer qui l’opprime.

Ce contraste nous rappelle à quel point la fille a développé une relation fusionnelle avec cette figure qui l’a construite et l’a menée vers la route de sa vie.

Par ailleurs, cet ouvrage nous en apprend beaucoup sur les sensations de l’enfant par rapport aux événements qui se passent autour d’elle. On perçoit ainsi à travers sa vision innocente un peu de l’Histoire de la période post deuxième guerre mondiale, dont les pages sont en train de s’écrire...

La découverte des camps de concentration, les « événements » qui se passent en Algérie, rien n’est laissé au hasard, et l’enfant par ses yeux met en lumière parfois certaines questions que les adultes pourraient se poser.

Aussi, l’héritage de la première guerre mondiale n’est pas négligé, et il se fait sentir à travers les blessures des villageois, anciens soldats mutilés de guerre et les récits des plus anciens.

En conclusion, on ne peut qu’être touché par cette histoire remarquablement contée, ce bout de vie qui se finit par le départ de l’héroïne de ce berceau pour aller réaliser ce qu’elle a rêvé enfant.

Vous serez donc ravi de vous plonger dans ce récit plein de tendresse et de souvenirs...

  • Hortense Dufour
  • Flammarion

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