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Dieu ne m’a pas parlé

mardi 29 avril 2008, par La Livrophile

Anne a trois soeurs. Leur mère répète souvent que puisqu’elle n’a pas eu de fils qui aurait pu être prêtre, elle aurait une fille religieuse. Anne taquine souvent sa soeur, Geneviève, sûre que si l’une des quatre soeurs devait prendre l’habit, ce serait elle. Vers l’âge de quinze ans, Anne se pose beaucoup de questions sur Dieu, sur Jésus. Un prêtre compréhensif lui répond, et ces conversations sont bénéfiques pour la jeune fille. Plus tard, Anne se sent appelée par Dieu. Elle décide de lui dédier sa vie. Elle sera religieuse.Le livre d’Anne Pontillé soulève beaucoup de questions. D’abord, on voit comment une jeune fille influencée par son entourage, en vient à choisir une voie qui ne l’attire pas réellement. Quand je dis "influencée", je veux dire qu’Anne a cru voir certains signes de sa vocation dans ce qu’on lui disait. Ca a renforcé son impression qu’elle était appelée par Dieu. Anne nous raconte comment elle se débat entre sa volonté, son coeur, son corps, ses aspirations... Elle vit un véritable calvaire. Attention, elle ne dit pas que la vie religieuse est un calvaire, elle dit que c’en a été un pour elle qui n’avait pas la vocation, et qui n’admettait pas qu’elle ne l’avait pas. Se pose aussi une question : est-on vraiment plus proche de Dieu en s’infligeant toutes les privations décrites par Anne ? Une personne qui tuera ses désirs, même en ayant la vocation, ne sera-t-elle pas éternellement frustrée ? Et cette frustration, au lieu de la rapprocher de Dieu, ne fera-t-elle pas de cette personne une mécanique aigrie ? Anne supportait mal cela parce qu’elle n’avait pas la vocation. Qu’en est-il de ceux qui l’ont ? Ne faudrait-il pas que moins de règles strictes régissent leur vie ? Une personne épanouie ne sera-t-elle pas plus à même de se rapprocher de Dieu ? Une personne qui a la vocation ne trahira pas cette vocation en aimant certains plaisirs terrestres (je ne parle pas uniquement de l’acte sexuel).Ce livre m’a touchée pour plusieurs raisons. D’abord, Anne sait trouver les mots qui font que son récit marquera les mémoires. De plus, elle nous décrit un milieu que nous ne connaissons pas forcément très bien, surtout moi qui suis athée. Nous découvrons grâce à elle que certains clichés existent bel et bien, mais que comme tous les clichés, ils ne sont pas les uniques représentatifs de la religion catholique. Anne rencontre des gens étroits d’esprit, mais aussi d’autres très ouverts, notamment Pierre, grâce à qui elle renaîtra. Enfin, ce livre m’a touchée de manière plus personnelle. Certains lecteurs auront peut-être envie de dire : "Pfff ! Elle n’avait qu’à pas prononcer ses voeux définitivement. Elle a eu le temps du noviciat pour se rendre compte que cette vie n’était pas pour elle." Soit. Seulement, elle n’a pas pu. Je me reconnais un peu en elle. Récemment, une personne m’a dit deux ou trois fois : "On ne t’a pas mis un couteau sous la gorge pour que tu passes le CAPES !" Eh bien, moralement, si. On n’a certes pas mis un couteau sous la gorge d’Anne pour qu’elle soit religieuse, et elle n’a pas eu le même cheminement que moi, mais il n’en reste pas moins que consciemment ou non, nous avons agi contre notre volonté. Anne est une battante. Malgré toutes les épreuves qu’elle a connues, elle s’est relevée, et elle a su, par la suite, prendre la vie du bon côté. Bravo à elle !

  • Anne Pontillé
  • Anne Carrère

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