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Eros romain

mercredi 3 mars 2010, par Bertrand Puysségur

Que de préjugés nous véhiculons sur la sexualité des Romains ! Les péplums n’ont retenu que les frasques de quelques empereurs de la dynastie des julio-claudiens et les orgies romaines restent un grand fantasme de notre modernité. C’est la liberté de moeurs des romains qui a frappé notre imaginaire. Pourtant la réalité est somme toute différente. Dans ce livre, c’est un peu plus que la sexualité et ses pratiques que Jean-Noël Robert s’attache à décrire.

En effet, il n’y a pas de sexualité qui ne va sans morale et il n’y a pas de morale qui ne va sans politique. Autrement dit, la sexualité des Romains, si elle déborde de vie, n’en demeure pas moins pleine de moralité dans un cadre strict défini à la fois par la tradition et la loi. C’est ainsi que les symboles phalliques, retrouvés en nombre à Pompéi, ne sont pas à prendre avec l’obscénité que 2000 ans de morale chrétienne ont bien voulu leur conférer.

Autant symbole de la vie, de la fécondité, la symbolique érotique des romains comporte aussi une dimension religieuse complexe et subtile. Les codes moraux sont omniprésents comme les tabous. Ainsi il faut saisir que la pudicitia (pudeur, chasteté) a toujours été un fondement de la sexualité des romains tout comme la virilité (virtus) qui témoigne de la domination du masculin sur le féminin, la société romaine étant ainsi construite.

Ce livre nous plonge directement auprès du coeur qui bat de l’ancienne Rome. Par ses moeurs on apprend beaucoup des "fils de la louve". C’est d’abord le cadre dans lequel la sexualité se vit qui permet de comprendre à la fois les débordements tout comme les étranges interdits qui ont fabriqué l’éros romain. Enfin signalons que l’auteur différencie de façon lumineuse les étapes et les transitions qui ont construit au cours d’un millénaire d’histoire la moralité de Rome jusqu’à l’avènement du christianisme.

De là, on s’apercevra que la rupture n’en est pas une. Tout l’empire avait bel et bien déjà subi une transformation en profondeur dans sa manière d’envisager sa relation à l’autre. Les Chrétiens n’auraient pu sans la double influence du néoplatonisme et du stoïcisme qui imprégnait le second siècle trouver un appui propre à son développement. La sexualité héroïque des romains avait vécu. Elle sera remplacée par celle des martyrs. Un livre intelligent et passionnant.

  • Jean-Noël Robert
  • Pluriel

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