Critiques littéraires de livres et BD, actualités de la lecture

Accueil > Critiques > Fantastique / Science-fiction > Il est parmi nous

Il est parmi nous

mercredi 3 juin 2009, par François Membre

Avec ce roman de fiction spéculative, Norman Spinrad jette un pavé dans la mare du fandom et se concilie les bonnes grâces de Al. Gore et des écolos.

La question qui se pose est celle-ci : Norman Spinrad écrit-il de la science-fiction où toute sa renommée repose-t-elle sur un gigantesque malentendu ? Il faut bien reconnaître que la prose de cet amoureux de la France (il partage son existence entre Paris et New York) ressemble à de la SF. Elle en a l’aspect, elle en possède le goût ainsi qu’un peps indéniable mais il faut reconnaître aussi que l’œuvre de ce maestro explose allégrement les limites du genre.

Alors, Spinrad auteur de science-fiction, oui mais pas que, il déborde largement sur le mainstream ! C’est la raison pour laquelle il est, maintenant, édité hors collection spécialisée, le vocable SF pouvant faire fuir certains lecteurs. En ce qui concerne les fans... et bien, les fans, ils connaissent son nom.

Il est parmi nous", son nouvel opus, récemment paru en français n’échappe pas à la tonalité urticante qui est la marque de fabrique de l’auteur : gratter où ça fait mal. Du Chaos final (1967), au Printemps russe (1991), en passant par Jack Barron et l’éternité (1968), Rêve de fer (1972), ou encore La Grande Guerre des bleus et des roses (1979), l’œuvre de ce cynique idéaliste est centrée autour des thèmes du jeu psychologique, de la manipulation, des médias et du pouvoir. Des thèmes que l’on retrouve bien en évidence dans Il est parmi nous.

Une lecture rapide de cette œuvre pourrait faire croire que l’auteur voulait régler ses comptes avec le fandom tant la description des fans et des conventions les réunissant est loin de n’être que flatteuse. « Pourquoi les fans de science-fiction des deux sexes avaient-ils une telle tendance à l’obésité ? D’où venaient cette forme en poire et cette chose étrange dans le regard ? Comment des masses de fans entassées dans des chambres d’hôtel pour faire la fête pouvaient-elles exsuder autant de phéromones antisexuelles ? ». Sans parler des groupies qui confondent les écrivains avec des rock stars et ne rêvent que de se retrouver dans le lit de leurs dieux... Affabulations ? Spinrad connaît le milieu et a participé à plusieurs de ces conventions. Des ces passages au vitriol qui font mouche plus d’une fois. « Pourquoi les fans de science-fiction des deux sexes avaient-ils une telle tendance à l’obésité ? D’où venaient cette forme en poire et cette chose étrange dans le regard ? Comment des masses de fans entassées dans des chambres d’hôtel pour faire la fête pouvaient-elles exsuder autant de phéromones antisexuelles ? »

La Nef des morts

Mais l’essentiel n’est pas là. Au travers du personnage de Ralphe, Spinrad se pose ici en défenseur de la planète et de son devenir écologique. Mais qui est « Ralph, le comique du futur » ? Trois pistes sont données par l’auteur, la première est qu’il s’agit d’un comique envoyé d’un futur où la planète est morte, son atmosphère ayant fui par le trou dans la couche d’ozone. « Le trou dans la couche d’ozone ? Une zone sans ozone, oui ! Dix minutes au soleil vous transforment en pizza aux poivrons ! Il fait si chaud dehors que, s’il y avait encore des poulets vivants, on pourrait faire cuire un œuf sur un cube de glace avant qu’il fonde ! »

La seconde hypothèse est que Ralph n’est qu’un fou qui croit à la réalité de la première version et la dernière piste donne à croire que Ralph est juste un comédien de troisième zone qui a trouvé cette idée pour connaître enfin le succès... Je sais, petit macaque, ce n’est pas évident mais si Paris vaut bien une messe, que peut valoir la Terre si l’on veut éviter que les derniers représentants de l’espèce humaine vivent réfugiés dans des centres commerciaux géants transformés en gigantesques machines à recycler la merde pour remplir les assiettes à la cantine ? Soyez les bienvenus sur la Nef des morts !

L’agent qui découvre Ralph dans un minable café-théâtre de la Bortsch Belt est aussitôt convaincu que Ralph est doté d’un énorme potentiel, il va donc le faire prendre en main par une prêtresse new-age qui fera office de coach tandis qu’un auteur de science-fiction rédigera ses textes, et là Ralf cassera la baraque.

Roman de SF mais aussi roman sur la SF, "Il est parmi nous" déborde du cadre de la science-fiction pour s’intéresser aussi à son impact et l’emprise qu’elle peut avoir sur le monde réel. Norman Spinrad le montre avec deux personnes. Admiratif envers Gene Roddenberry, le créateur de Star Trek qui a sauvé sa série en faisant appel aux fans qui ont inondé la chaîne de télévision de courriers en exigeant sa poursuite (avec les résultats économiques substantiels que l’on sait, tant en films qu’en produits dérivés) et nettement plus critique envers L. Ron Hubbard qui s’est servi d’une de ses nouvelles pour devenir le pape d’une nouvelle église.

Fourmillant d’idées "Il est parmi nous" est une œuvre dense et riche où Spinrad fait titiller nos neurones en ensemençant chaque page d’idées fortes encore faut-il remercier Sylvie Denis et Roland C. Wagner Fayard pour leur traduction efficace. Décidemment, les éditions Fayard viennent de réussir un joli coup éditorial en obtenant de gérer les droits mondiaux de Norman Spinrad un auteur hors norme dont toute l’œuvre est à lire ou relire d’urgence.

  • Norman Spinrad
  • Fayard

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?