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Ils ont vaincu le pôle

dimanche 19 octobre 2008, par Sarah Chelly

La conquête du pôle sud a eu lieu au début du vingtième siècle Deux expéditions, l’une norvégienne et l’autre anglaise,ont eu l’ambition de planter le drapeau national sur une terre vierge que nul n’ait foulé jusqu’ici.

Quoi de plus beau que de vouloir marquer l’histoire d’une pierre blanche et de laisser pour l’avenir un souvenir et un héritage impérissables ?

Tel était le rêve des capitaines Roald Amundsen et Robert Scott, qui entreprirent à la même période la conquête de l’Antarctique pour arriver au quatre vingt dixième degré de latitude Sud, synonyme de conquête du pôle.

« Ils ont vaincu le pôle » retrace les récits de ces deux courageux hommes, à travers les carnets de bord qu’ils ont tenu au cours de leurs aventures respectives.

Dans le but d’aller encore plus loin que le point atteint par Shackleton avant eux, ils mirent tout en œuvre et mobilisèrent hommes, animaux et matériel pour préparer l’expédition.

L’un partit par la Norvège, l’autre par la Nouvelle Zélande.

Mais le sort de ces expéditions fut bien différent pour les deux équipes : tandis que le norvégien Amundsen arriva triomphant le premier au pôle, et retourna en héros dans son pays, l’anglais Robert Scott, arrivé trois semaines trop tard, mourut de froid et de faim avec ses compagnons d’infortune...

Cet ouvrage ne peut donc laisser personne indifférent...Il présente en outre une originalité qui lui donne tout son intérêt. Il nous propose de vivre en deux temps la conquête du pôle Sud : D’abord celle, victorieuse, du norvégien, puis celle, désastreuse, du britannique.

Quand le ton d’un récit de fait de plus en plus joyeux celui de l’autre se montre de plus en plus résigné...

Les styles différents, représentent ces destins opposés mais ceux-ci n’auraient-ils pas pu être les mêmes ?

Amundsen partit avec une équipe d’hommes expérimentés, dont un champion de ski. Il eut la lumineuse idée de choisir des chiens pour tirer les traîneaux .

Aussi, une organisation sans faille, presque militaire, permit d’effectuer une répartition des vivres et une traçabilité de la route qui furent d’une utilité déterminante pour le retour et la suite du voyage. Durant tout le périple, les bonnes conditions climatiques rendirent la route moins pénible, malgré les difficultés liées aux mystères que réservait la Terre encore vierge.

La première partie du récit est donc la partie heureuse, qui finit bien, et c’est le sentiment du travail accompli qui prédomine.

La fierté est grande et l’honneur amplement mérité pour ces héros qui inscrivirent leur nom dans la légende.

Mais cela ne veut pas dire que le capitaine Scott et ses équipiers n’étaient pas eux aussi des héros, bien au contraire,

Leurs choix n’auront certes pas forcément été heureux. Par exemple, peu judicieux fut celui de faire confiance aux poneys pour tirer les traîneaux. Ces animaux s’avérèrent en effet moins résistants et plus sensibles au froids et vents qui frappaient dans la région.

Mais la réelle différence, frappante, réside autre part : ceux-ci ont désespérément joué de malchance, à tel point qu’au fil de la lecture, on arrive de moins en moins à y croire.

En effet, les conditions atmosphériques exécrables rendirent parfois la poursuite du chemin impossible, et l’équipe, obligée de camper plusieurs jours au même endroit, épuisa des vivres qui n’ avaient été suffisamment prévues.

Mais en fait, les raisons de la débâcle étaient aussi -et peut être surtout- mentales : une fois qu’ils eurent découverts qu’ils avaient été devancés, les britanniques, au bout de leurs forces, pris dans la mauvaise saison qui commençait, ne survécurent pas et les morts commencèrent à se compter sur le chemin du retour.

En somme, on a vraiment l’impression que tour à tour, ils meurent de chagrin...

Ainsi, et en ce sens ils étaient réellement des héros, les compagnons d’infortune décidèrent que s’ils devaient mourir si c’était leur destin, ils le feraient ensemble.

Au prix de leur vie - et on apprendra plus tard qu’ils se trouvaient seulement à vingt km de leur camp-, ils se sont sacrifiés, et l’issue de ce deuxième récit n’est peut être pas aussi heureuse mais elle est au moins tout aussi héroïque...

Ce voyage dans les grands froids ne pourra qu’emporter le lecteur, et le livre ne nous offre pas seulement un récit écrit, ils est également friand de photos des protagonistes mais aussi des paysages magnifiques de ces immensités, et de ces banquises peuplées par les phoques et les manchots empereurs.

Il véhicule par ailleurs des valeurs de courage, d’abnégation et de sacrifice devant lesquelles on ne peut que se montrer admiratif. Cette aventure humaine ne pourra que marquer les esprits et ce combat aura servi à écrire une belle page de l’Histoire ...que l’on ne sera pas prêts d’oublier...

  • Roald Amundsen- Robert Falcon Scott présentés par Chantal Edel
  • Éditions Presse de la Renaissance

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