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Journal d’Hannah

mardi 1er juillet 2008, par La Livrophile

Paris, 1943.

Hannah Perrier, mariée et mère d’une fillette, s’aperçoit qu’elle est enceinte. Cette découverte la transporte de joie. Elle se dit qu’au milieu de cette guerre, un enfant est un espoir. Son mari, Robert, ne prend pas la chose de la même façon. Il lui explique qu’il est trop dangereux d’avoir un enfant en ce moment : que feront-ils si les vivres viennent à manquer ? Et s’ils doivent fuir précipitamment, cela ne sera pas aisé avec un nourrisson. Il contraint Hannah à avorter, malgré l’avis défavorable du médecin qui la suit, la grossesse étant déjà avancée. Hannah n’accepte pas cet avortement. Elle cède, car Robert a décrété que ce serait mieux pour la famille, mais elle refuse cela de tout son être. Cet avortement sera l’un des grands tournants de sa vie. Ce livre raconte la vie d’une femme qui tente de refermer les blessures qu’elle reçoit. Elle n’y arrive pas toujours comme il le faudrait, mais elle se bat, et se sort toujours de situations problématiques. Son histoire prend le pas sur l’Histoire. Elle avoue elle-même que ce qui lui arrive la préoccupe et la touche plus que la guerre. Cela se comprend. On est toujours plus concerné par son quotidien que par l’Histoire, sauf lorsqu’elle nous touche de près. Hannah sera tout de même touchée. Les blessures de la guerre feront partie de celles qu’elle aura du mal à refermer. Par ailleurs, le regard qu’Hannah porte sur les hommes est assez clairvoyant. Bien sûr, ses prédictions de troisième guerre mondiale et de génocide ne se sont pas réalisées à une si grande échelle qu’en 39-45, mais il y a eu des massacres. En outre, les arguments d’Hannah sont tellement pertinents !Elle nous raconte son quotidien, avec, parfois, des ellipses de plusieurs années. Hannah et Robert ont beaucoup vécu dans le non-dit, ce qui, bien sûr, a engendré des malentendus entre eux. Hannah trouve le moyen d’exprimer tout ce qu’elle ne peut confier à son mari : elle le fait la nuit. D’abord, elle souffre d’insomnie, et quand elle dort, elle rêve d’une vie impossible où elle retrouve ceux dont elle n’a pas pu faire son deuil. L’inconscient d’Hannah et aussi celui de Colette font que l’histoire frise le surnaturel. Parlons plutôt de coïncidences. C’est ces coïncidences et ces non-dits qui font vaciller Hannah à un moment de l’histoire où il lui semble qu’elle ne maîtrise plus rien. Le lecteur regrette que certains pans de la vie de ce couple qui s’aime soit basé sur des mensonges. Cependant, Hannah et Robert sont convaincus d’avoir agi au mieux pour préserver leur amour. Au final, ils ont, d’une manière ou d’une autre, triomphé des crises qu’ils ont traversées. Je pense que la fois où ils ont tous les deux agi en adultes, où ils ont tout mis à plat, a été l’épisode Elisabeth. Pour moi, c’est de cette crise qu’ils se sont le mieux sortis, car ils ont parlé, et se sont expliqués.Les thèmes abordés le sont avec finesse. Ces personnages sont réalistes et attachants. L’ouvrage est captivant, il n’y a aucun temps mort. La romancière a un style fluide et agréable. Ce roman est de ceux qu’on n’oublie pas. Il fait partie de ceux que je considère comme des bons livres. Accessoirement, nous est enseignée la tactique du « je réponds à une question par une autre question », tactique qui peut se révéler très utile.

  • Louise L.Lambrichs
  • L’Olivier

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