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L’élégance du hérisson

mardi 22 janvier 2008, par La Livrophile

Renée Michel, 54 ans, est concierge dans un immeuble chic de Paris, au 7 rue de Grenelle. Vieille, laide, mal fichue, elle est l’archétype de la concierge revêche et illettrée. Cependant, cette enveloppe rugueuse cache une très belle âme, amoureuse de l’art et de la philosophie, du Japon et de la littérature russe, qui fait tout pour masquer cette réalité aux yeux des locataire de l’immeuble, et correspondre à l’idée qu’ils se font de la concierge.

Paloma, 12 ans, est la fille d’un riche homme politique qui habite au 3ème étage du 7 rue de Grenelle. Elle est précoce, très précoce, et terriblement lucide sur sa condition et son entourage (sa soeur normalienne mais idiote, sa mère en dépression continue et en analyse depuis 10 ans, son père, un lâche qui fait de la politique), donc très malheureuse. C’est pourquoi elle a décidé de se suicider à la fin de l’année scolaire, le jour de ses treize ans, car elle pense que c’est ainsi que sa famille sera plus heureuse.

Sans le savoir, au gré des rencontres, ces deux personnages qui s’ignorent vont se découvrir, s’ouvrir aux autres, changer profondément, et changer le cours de leurs existences...

J’ai pleuré à la fin de ce roman tellement il est émouvant. Certes, je n’ai pas tout compris, du moins j’ai parfois eu plus de mal à adhérer à la narration, à entrer dans l’histoire, car les passages philosophiques étaient un peu trop hermétiques pour moi. Mais à d’autres moments, j’ai été tout à fait touchée par ce que je lisais, et souvent même je me suis laissée aller à rire sans retenue tellement certains passages sont drôles, notamment dans la peinture de l’hypocrisie des riches habitants de l’immeuble.

Certains personnages sont très émouvants (je pense au jeune Arthens, ou à Kakuro Ozu, le vieux japonais qui s’installe au quatrième étage), et la caricature souvent très réussie : le critique gastronomique qui ne sait reconnaître sa concierge ; ces dames bourgeoises qui s’adressent du bout des lèvres à cette femme qui n’est là que pour faire ce qu’on attend d’elle : regarder la télé toute la journée tout en se tenant au courant des allées et venues dans l’immeuble, arroser les plantes sur les paliers et manger du jambon et des rognons tous les jours ; cette mère sous anti-dépresseurs qui raconte comme de bonnes blagues ses séances chez le psy ; cette demoiselle qui se croit supérieure à tous parce qu’elle est à Normale en philosophie... Autant de portraits caricaturaux, mais justes, à mon goût, et capables de nous faire rire malgré la gravité de certaines choses.

Ce roman me semble touché par la grâce. Il n’a l’air de rien, se veut sans prétention, et pourtant il a ce don de nous faire réfléchir sur notre comportement de tous les jours, sur nos passions, sur le sens de nos vies. D’ailleurs, l’auteure elle-même précise bien qu’elle l’a écrit sans plan établi, sans vritable régularité. Elle y a mis les choses qu’elle aime, le Japon, la philosophie, l’art, Tolstoï... Et c’est ce qui, à mon goût, fait la force de ce roman : un ensemble d’éléments qui se mêlent dans un tout complètement parisien.

Bref, l’ensemble est très réussi. Quelques lecteurs n’aimeront pas (ma belle-soeur, par exemple, n’a pas du tout aimé), trouvant la caricature trop forte, par exemple, mais pour ma part, je conseille ce roman à tout ceux qui auront envie de le lire.

Bonne lecture !

  • Muriel Barbery
  • Gallimard

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