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L’hibiscus pourpre

mardi 29 juillet 2008, par La Livrophile

Nigeria. Eugène, riche notable, est très admiré par ses concitoyens. Il est très généreux : il fait souvent des dons à des associations caritatives. On l’admire également pour son courage politique : il possède le seul journal indépendant du pays. Il est catholique. Il dirige sa famille d’une main ferme. Il élève ses enfants, Jaja et Kambili, dans la foi de la religion. Eugène ne laisse pas ses enfants voir leur grand-père, parce qu’il n’est pas catholique. Il ne les laisse jamais fermer la porte de leur chambre à clé. Il n’hésite pas à leur infliger des châtiments corporels, ainsi qu’à sa femme, lorsque, selon lui, ils ne respectent pas la religion catholique. A la suite d’un coup d’état, Eugène, très engagé politiquement, envoie, par prudence, Jaja et Kambili séjourner chez leur tante. Découvrant une vie simple, joyeuse, et à la fois respectable, ils se rendent compte que leur père jalonne leurs vies d’interdits dont la légitimité est contestable. Ils s’en doutaient un peu, mais ils s’en rendent mieux compte lors de ce séjour.

Ce livre est très fort. La psychologie des personnages est très importante. Kambili et Jaja sont brimés, soi disant pour leur bien. Ils le croient eux-mêmes. Leur père veut qu’ils soient premiers de leurs classes. L’année où se passe l’histoire, Kambili a le malheur d’être deuxième, et son père la sermonne... Lorsqu’elle finit par se révolter, il la bat tellement qu’elle en meurt presque.

Le lecteur ressent la tension de Kambili, de Jaja, et de leur mère. Ils savent qu’ils seront brimés, et trouvent toujours des excuses à Eugène, surtout Kambili et la mère.

On comprend la paralysie de ces deux enfants qui n’osent rien faire, de peur que leur père les frappe, et les menacent des foudres divines.

On compatit aussi, lorsque Kambili se demande si son père a raison ou tort de les châtier. Après tout, pense-t-elle, il veut leur bien, il veut qu’ils soient conformes à ce qu’il pense que Dieu veut et attend d’eux.

En outre, Eugène est un homme apprécié, par ailleurs. Lorsqu’il châtie sa femme et ses enfants, il pleure de "devoir" leur faire mal pour qu’ils entrent dans le droit chemin. Soit, il pleure et est désolé de leur infliger ces douleurs. (Je vous prie de croire que certains châtiments sont proprement infâmes.) On peut donc penser qu’Eugène est réellement désolé de leur infliger tout cela. C’est d’autant plus effrayant ! Voilà un homme qui sait qu’il blesse gravement sa famille tant physiquement que moralement, qui en souffre, mais dont le fanatisme est plus fort que tout ! Eugène n’est pas guidé par l’amour, mais par le fanatisme et l’aveuglement. Il ne s’est jamais demandé en quoi cela serait vraiment mauvais que ses enfants réfléchissent, connaissent d’autres religions, d’autres façons de penser, voire l’absence de religion. Il n’est pas sévère par principe éducatif, mais par fanatisme !

La femme d’Eugène est parfois agaçante, car étant adulte, elle devrait avoir une plus grande capacité de réflexion que ses enfants, et pourtant, elle trouve toujours des excuses à son mari. Son geste, vers la fin, est d’autant plus spectaculaire, et on ne peut que saluer son courage, elle qui était si soumise à son mari.

Mon personnage préféré est Jaja. Au début, on le voit aussi perdu que Kambili. Puis, il commence à se révolter un peu. Puis, il se sacrifie pour sa mère et sa soeur. Bien sûr, la toute fin est une note d’espoir, mais Jaja ne va pas oublier toutes les épreuves vécues du jour au lendemain.

La romancière commence par la première révolte de Jaja. Puis, elle revient en arrière, et nous raconte ce qui l’a fait naître. Cela donne plus de force au livre, car au début, le lecteur pense que cette révolte est bien mince, bien insignifiante. Petit à petit, il en saisit toute l’ampleur.

Je recommande ce livre, qui a su m’enthousiasmer. C’est, à mon avis, un excellent roman, qui laissera une empreinte bien plus durable dans mon esprit que certains écrivains, comme Guillaume Musso ou Marc Lévy, plébiscités par le public.

  • Chimamanda Ngozi Adichie
  • Le livre de Poche

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