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L’infirmière

mercredi 23 avril 2008, par La Livrophile

Les années 60. Samuel Horrowitz a 68 ans. Il a deux grands enfants, Marvin et Mona. Sa femme, Anna, est morte, et elle lui manque beaucoup. Il a passé sa vie à travailler, il connaît la valeur des choses. Il doit son aisance actuelle à son acharnement à réussir. Un soir, il se fait agresser dans la rue par une bande de noirs. Alors qu’on lui donne les premiers soins, il est victime d’une crise cardiaque. Il finit par se remettre, seulement, il garde des séquelles. Il a une cicatrice sur la joue, là où l’un de ses agresseurs a tailladé au rasoir. En outre, son bras et sa jambe gauche sont presque impossibles à utiliser. Avec de la rééducation, il est possible qu’il retrouve le plein usage de ses membres. Deux solutions s’offrent à lui : soit il quitte sa maison et sa ville pour aller vivre chez sa fille, soit il accepte une infirmière à domicile.

Le personnage d’Horrowitz est intéressant, car complexe. Il attendrit le lecteur lorsqu’il essaie de cacher ses faiblesses et son sentimentalisme. Et puis, on comprend cet homme fier, qui n’aime rien demander à personne, qui se retrouve obligé de demander l’aide de son infirmière pour de petites choses, et doit utiliser des objets qui lui font ressentir son infirmité (infirmité qu’il vit mal) : fourchette capitonnée, par exemple. (Il est toujours frustrant et gênant de devoir demander de l’aide aux autres pour les choses du quotidien.). Horrowitz est également horripilant, car son racisme lui fait tenir des propos choquants. Bien sûr, il faut se remettre dans le contexte. Par ailleurs, son agression l’a traumatisé, et a renforcé l’opinion qu’il avait des noirs. On se doute très vite qu’Ariet Washington et lui deviendront amis, malgré la réticence et le mauvais caractère d’Horrowitz. Il y a quand même une scène qui traîne un peu, et où le lecteur avait déjà compris ce que les préjugés d’Horrowitz l’empêchent de comprendre. C’est lorsqu’il va à l’hôpital, voir Conrad. Le lecteur compatit également : Horrowitz est seul, sa femme lui manque, il s’est fait agresser, il se replie donc un peu sur lui-même. Le personnage de Mona est un peu caricatural. Elle est engluée dans ses certitudes et ses préjugés, dirigiste, et trouve à redire à tout. Par certains côtés, elle rappelle Horrowitz. Elle est très importante dans l’histoire, car ce sera elle qui, involontairement, poussera son père à vouloir faire des progrès, à vouloir se reprendre en main. On admire beaucoup le personnage d’Ariet Washington, bien sûr. On se demande si on supporterait tout ce qu’elle endure aussi vaillamment qu’elle. C’est un livre réussi, qui nous fait passer par toute une palette de sentiments : joie, émotion, rire... Il montre avec finesse que tout n’est pas aussi manichéen que le pense Horrowitz.

  • Henry Denker
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