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L’invité de la dernière heure

vendredi 18 avril 2008, par La Livrophile

Une personne inconnue envoie des lettres anonymes. Ces lettres montrent une personne avide de vengeance. Elle promet à ses victimes une lente agonie, d’abord morale, puis physique. La personne qui expédie ces lettres veut se faire justice.

2h du matin. Greta Lénovsky rêve qu’on sonne à la porte... Puis elle se rend compte que ce n’est pas un rêve. On sonne, on insiste. Greta éveille son mari, Fred. Celui-ci bougonne, et finit par aller ouvrir. Marius et Inga sont munichois. Cet été, ils vont faire du camping dans le Midi de la France. C’est une idée de Marius. Inga n’est pas très enthousiaste, mais elle ne veut pas briser la bonne humeur de son mari. A présent, ils sont dans un petit village perdu, et marchent, écrasés de chaleur. Ils font du stop, mais les voitures se font rares. Inga meurt de soif, et souffre d’énormes ampoules aux pieds. Marius lui propose de l’attendre un instant. Il va essayer de trouver un magasin, et lui achètera de l’eau. Elle s’y résout.

Malgré ses efforts, elle s’endort en attendant Marius. Elle est éveillée par un automobiliste qui l’a vue, affalée par terre, et qui a pris peur. L’homme connaît un terrain de camping, non loin de là où il se rend. Il se propose d’y emmener le couple. Karen est mère au foyer. Elle est très timide et effacée. Elle n’ose pas tenir tête à son mari, Wolf, lorsque celui-ci se montre dur et injuste envers elle. Si on lui fait une remarque, elle fond en larmes. La dépression la guette.

A force d’être brimée, Karen finit par ne plus être trop sûre d’elle-même et de sa perception des choses. Elle se rend bien compte que quelque chose ne va pas chez ses voisins, mais comme son mari la traite de mythomane hystérique, et lui intime l’ordre de se mêler de ses affaires, elle essaie de se convaincre qu’il n’y a rien d’étrange...

Ce thriller psychologique est une réussite ! En ce qui concerne l’énigme, on devine certaines choses. On devine ce qui relie certaines pièces du puzzle. A un moment, j’ai même pensé que l’énigme n’était pas si importante, que Charlotte Link préférait axer son livre sur la psychologie des personnages. Et puis... Charlotte Link tire une autre carte de sa manche, une carte que le lecteur n’envisage que quelques minutes avant qu’elle nous la dévoile.

Au départ, l’énigme semble assez simple : les lettres anonymes, le garçon a l’air instable, des victimes avec qui ce même garçon a un lien... Oui mais tout n’est pas si simple.

Il y a juste une petite chose qui pêche, à mon avis. Le dernier geste du coupable est expliqué, à la fin, mais l’explication ne me convainc pas. Bien sûr, je voulais que les "gentils" s’en sortent, mais peut-être cela aurait-il dû arriver autrement... La romancière se montre déjà très habile quant à l’énigme, mais elle la double d’une importante fouille dans la psychologie des personnages. Tous les personnages vont vivre, de plus ou moins près, le drame qui commence par ces fameuses lettres anonymes. Cela leur apportera quelque chose. Par exemple, Karen, dont la moindre remarque est prétexte à son mari pour l’accuser de tous les maux, et pour la traiter comme si elle n’était qu’une imbécile. Au long de cet été, Karen s’affirmera, et finira par prendre une décision importante. Bien sûr, cela ne va pas se faire du jour au lendemain. Elle ne va pas tout d’un coup se transformer en une femme sûre de tout ce qu’elle fait, mais nous la laissons en une bonne voie. Le thème central du roman est l’enfance maltraitée. Au fil de notre lecture, Charlotte Link nous révèle une terrible histoire où, par peur ou par ignorance, on a abandonné un petit garçon. Ce petit garçon restera prisonnier de son enfance. Cette histoire est inventée par une romancière pour un thriller, mais elle sonne terriblement juste. On éprouve une immense pitié pour celui qui était maltraité presque sous les yeux de tous, qui appelait au secours, (car contrairement à certains, il dénonçait ses bourreaux), et qu’on a laissé se débattre, seul, avec ses détracteurs, sa peur et sa faim. Certains personnages se rendent bien compte de leur lâcheté. Mais les véritables coupables, ceux qui traitaient cet enfant comme un objet, par peur d’être désagréable envers un personnage important, se sont-ils rendus compte, à l’époque, que le fait de laisser cet enfant là où il était aurait de graves conséquences sur son équilibre mental ?

Ce roman est extrêmement riche. Je suis loin d’avoir parlé de tous les éléments qui font sa force. Je ne sais pas si je l’ai bien défendu, mais il est à lire absolument.

  • Charlotte Link
  • Presse de la Cité

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