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La Carte du temps

mardi 1er mars 2011, par François Membre

Andrew Harrington, jeune homme de bonne famille, souffre. Celle qu’il aimait est morte. Pour échapper à ses tourments, il ne voit qu’une solution, une seule ! De plus, elle sera comme un pied de nez à un père confit dans ses certitudes victoriennes.

Pour Andrew, le suicide est la seule solution à sa tragique histoire d’amour. Son cousin qui pressent la funeste décision lui propose une alternative, grâce aux voyages dans le temps de la société Murray, il va pouvoir remonter à ce triste 9 novembre 1888 où Mary Jane Kelly a été retrouvée assassinée et affreusement mutilée dans sa chambre par le sinistre Jack l’éventreur. Arrivant suffisamment tôt avant le meurtre odieux, il pourra l’empêcher et vivre le parfait amour avec sa belle...

Au travers de son roman divisé en quatre histoires, l’auteur nous présente un roman-feuilleton digne de la grande époque du XIXe siècle. Si H. G. Wells sert de fil d’Ariane, tant par son roman que comme acteur de ce livre, il n’est pas le seul personnage historique, Jack l’éventreur, Bram Stocker, Henry James ou Jules Verne, mais aussi Elephant man ou Darwin et la reine Victoria interviennent pour faire avancer l’intrigue et ancrer le récit dans le réel.

H. G. Wells mène l’enquête

Sous une apparence kitsch, l’écrivain espagnol Felix J. Palma nous offre un petit bijou de science-fiction avec au programme : voyages dans le temps, soulèvement des robots et quasi fin du monde humain, le tout sous la conduite sceptique de H. G. Wells lui-même.

Bien sûr les thèmes science-fictifs ne sont pas nouveaux. Guerre des robots, voyages dans le temps et même le concept des gardiens du temps qui renvoie à la Patrouille du temps de Poul Anderson (ce qui ne nous rajeunit pas) où au paradoxe temporel cher à René Barjavel (qui ne date pas d’hier non plus) figurent au rayon des classiques de la S.-F., ce qui est intéressant ici est la façon dont ces thèmes sont traités par Palma.

Alors que les diverses phases de l’action romanesque sont présentées par un narrateur beaucoup plus disert que nous n’en avons l’habitude, il n’hésite pas à intervenir pour donner son avis, la thématique science-fictive, elle, est traitée à la façon de la tapisserie de Pénélope, un rang est ajouté pour être, à chaque fois, démonté aussitôt. Une façon de faire ingénieuse qui amène le lecteur à se poser des questions sur la faisabilité et la réalité de ce qui entoure les personnages. Vrai ou faux, vrai et faux, qu’elle est la réalité ? Quelle est la responsabilité de Wells dans cette série d’aventures d’où un certain climat à la Dickens est bien présent lors de la description des bas-fonds de Londres ?

Pur exercice de style, cet ouvrage est brillant. Mêlant avec bonheur une science-fiction aux thèmes classique et un "mainstream" délicieusement retro, l’auteur transcende les clivages artificiels tels le courant réaliste face à l’imaginaire ou une culture savante opposée à une autre culture dite populaire. Intégrant avec bonheur un concept romantique apte à faire pleurer Margot, il ne recule devant aucun tour de force narratif et les pièges du temps sont évités de façon particulièrement intelligente. Un régal !

Felix J. PALMA

La Carte du temps

Traduit de l’espagnol Par Marianne Million

Éditions Robert Laffont Collection : Best-sellers

22 euros ; 550 pages

  • Felix J. Palma
  • Robert Laffont. Collection : Best-sellers

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