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La Grange à Jean-Mathieu

lundi 5 juillet 2010, par François Membre

Le printemps de cette année fut le dernier qu’il vit se lever sur une vie longue est bien remplie. Jean Robinet s’est éteint le 13 mai 2010. Il avait 97 ans et écrivait depuis 70 ans. Après la guerre, ses premiers titres avaient été publiés chez Flammarion. Le temps s’était enfui et l’écrivain-paysan avait discrètement quitté les feux de la rampe. Dans les champs, le tracteur avait remplacé le cheval. Pourtant, Jean Robinet n’avait pas perdu le goût de l’écriture et continuait de noircir des cahiers d’écolier et ses écrits s’ils étaient maintenant publiés par des éditeurs de province n’avaient rien perdu de leurs charmes.

En littérature, le journal est un exercice particulier, en ce sens qu’il n’est - théoriquement- pas destiné à une publication future. L’auteur y a donc tout loisir de laisser aller sa plume sans rechercher d’effets littéraires. Il y exprime ses sentiments, ses occupations et ses préoccupations au jour le jour.

Le journal intime vise autant à fixer les souvenirs sur le papier afin de les faire remonter plus tard avec une force et une vigueur que la mémoire seule pourrait être incapable de rendre mais il s’apparente aussi à une confession. Si l’auteur est sincère et n’écrit vraiment que pour lui les deux modes vont se trouver imbriquées.

En bon paysan, Jean Robinet à l’habitude de tracer droit son sillon, que cela soit dans la terre ou dans les lettres, écrivain-paysan il est, écrivain-paysan il reste. Personne ne sera donc surpris de trouver dans ce nouveau texte une histoire attachée à la terre. Un peu plus de cinquante ans seulement nous séparent de l’époque où ces pages furent écrites mais que de changements dans le monde...

Ecrit au cours de l’année 56/57, le journal de Jean-Mathieu, « sa grange » où il entasse ses mots, ses réflexions au quotidien, donne plus à voir et à comprendre que bien des ouvrages savants sur la paysannerie française au milieu de siècle. Dans sa préface Jan Robinet écrit : « Nous subissons (...) le temps d’un changement d’ère (...) et se façonne de façon différente notre perception des choses. (...) voici comme un témoignage sur un homme (...).  » Des lignes qui indiquent le besoin, la nécessité de se raccrocher à quelques chose de stable. Le temps fuit et, en un tourbillon mauvais, emporte tout sur son passage. Pour lui, pour ses enfants et pour nous, Jean Robinet fait figure de témoin de ce qui fut, de ce qui gît sous les cendres de la mémoire.

Pas de vaine recherche stylistique dans ce témoignage qui est livré presque brut d’écriture (dans sa préface l’auteur avoue avoir réalisé quelques coupures). Pas de recher­che mais une écriture fluide et naturelle qui épouse les sentiments. Une écriture parfois lente, Jean Robinet vit au rythme des saisons, son cheval marchant au pas devant lui. Il sait aussi être parfois lyrique, rarement emphatique (là, il s’agit de la rançon du journal authentique) mais toujours chaleureux et humain. C’est pourtant lorsqu’il dénude son cœur que Jean Robinet donne ses plus belles pages, les émotions qu’il ressent à la naissance de son fils Daniel sont l’exemple parfait de l’homme vrai, fort et fragile tout à la fois.

« La terre ne ment pas » affirme une expression célèbre. Robinet non plus qui la sue par tous ses pores, visiblement, il en est amoureux, d’une façon charnelle et viscérale. Un amour authentique !

  • Jean Robinet
  • le Pythagore

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