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La Haine de la démocratie

jeudi 9 juillet 2009, par Bertrand Puysségur

S’il y a un mot qui a perdu une grande partie de son sens, dans notre discours politique aujourd’hui, c’est bien celui de "Démocratie". Ce que nous propose ici Jacques Rancière, ce n’est pas d’ajouter une nouvelle définition. Son propos se situe plutôt dans une analyse et une critique d’une sorte de maintien à distance de la démocratie. En effet, la thèse de l’ouvrage tient dans la subversion même de la démocratie et du danger qu’elle représente au yeux de ceux qui en parlent beaucoup mais l’appliquent bien peu. Car au fond la démocratie est une sorte d’abolition du pouvoir par le pouvoir lui-même donc la confiscation de ce pouvoir à ceux qui prétendent en être les représentants et les artisans. En effet, si tout le monde gouverne, personne ne détient le pouvoir. La démocratie est donc une forme d’(an)archie au sens ou le commandement se supprime de lui-même et institue un désordre.

Dans cet essai au style concis, et plus fouillé que son titre ne le laisse entendre, ce sont les fausses idées de démocratie qui sont dénoncées et surtout ce qui nous tient lieu aujourd’hui de flacon sans aucun contenu. Au nom du divin, de la richesse ou de l’intérêt particulier, notre vision démocratique est masquée par une mise en scène de la démocratie au profit de nouvelles oligarchies, c’est-à-dire le pouvoir de quelques uns. Mais il y a plus grave. Le dévoiement de l’idée de démocratie a conduit insidieusement à faire porter le chapeau des maux dont souffrent la communauté humaine à la démocratie elle-même. Ce pire système, à l’exception de tous les autres, est devenu synonyme d’une rengaine haineuse accusée de briser l’élan commun et de ramener les hommes à leurs seuls intérêts égoïstes.

L’essai de Jacques Rancière démonte et brise cette mécanique pour dévoiler la démocratie sous son aspect le plus scandaleux. L’homme démocratique n’est pas celui qui est riche, ni celui sorti du crâne ou de la cuisse de Jupiter, ni même celui qui sait, le savant. Non, la démocratie est radicalement égalitaire, elle conduit le philosophe à ne plus craindre la foule, vieille idée véhiculée contre la démocratie depuis Platon.

On aurait aimé dans ce livre que l’essence de la démocratie soit un peu plus précisément saisie - notamment chez les modernes qui avaient déjà pointé la corruption possible de la démocratie en oligarchie. Nos politiques pourraient par ailleurs entendre ce propos pour donner du corps à la démocratie... En effet, ce glissement démocratique vers la tyrannie de quelques uns et leurs intérêts de clans, à y regarder de plus prés, résonnent étrangement avec notre actualité.

  • Jacques Rancière
  • La fabrique éditions

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