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La note sensible

jeudi 27 décembre 2007, par La Livrophile

Février 1999. Inès dépose un manuscrit devant la porte de son voisin, Vandello. Ce manuscrit est accompagné d’une lettre dans laquelle elle lui explique pourquoi elle ne lui a pas ouvert la porte de son appartement, le 15 octobre 1998, lorsqu’il sonna, aux environs de minuit dix. Elle explique que dans ce manuscrit, elle imagine ce qui se serait passé si elle lui avait ouvert, cette nuit-là. Elle imagine qu’au fil des rencontres, la jeune Inès, encore nimbée d’enfance, serait tombée amoureuse de l’homme mûr qu’est Vandello. Et cela, elle ne le veut pas. C’est pourquoi elle n’ouvrit pas sa porte, la nuit du 15 octobre. Et elle veut qu’il sache tout cela.Inès habite à Toulouse avec sa mère et ses deux soeurs, Anne et Camille. En septembre 1998, elle est nommée professeur d’anglais à Paris. Elle emménage dans un appartement, et c’est ainsi qu’elle fait la connaissance de Vandello. Les gens de l’immeuble ne le voient pas souvent, il est entouré de mystère. C’est pour cela que tout un tas de rumeurs romanesques courent sur son compte : ce serait un prince, par exemple. Inès l’entend jouer du violoncelle, ou écouter de la musique. Mais lorsque cela se prolonge tard dans la soirée, elle se permet de frapper quelques petits coups contre la cloison. Un jour, il frappe quelques coups pour dire qu’il a compris qu’elle aimerait dormir, et s’arrête. Puis un jour, vers minuit dix, il vient sonner à la porte d’Inès.La lettre d’Inès expliquant son geste se trouve au début du roman, c’est pourquoi j’en ai parlé dans le résumé. Mais je pense que cela aurait été plus astucieux qu’elle se situât à la fin. En effet, le lecteur aurait d’abord lu le roman, puis il aurait su ensuite que la plupart des faits viennent de l’imagination de la narratrice, qui suppose que si elle avait ouvert la porte cette nuit-là, elle aurait enclenché un piège dans lequel elle se serait jetée. D’autre part, on se demande pourquoi Inès refuse d’aimer Vandello. On se doute que Vandello étant beaucoup plus âgé qu’elle, elle ne préfère pas vivre une relation amoureuse avec lui. Pourtant, la différence d’âge n’explique pas le refus catégorique et sans appel que l’on trouve dans la lettre d’Inès. A la fin, nous apprenons pourquoi elle ne veut pas tomber amoureuse de lui. Ici, le lecteur se demande si le fait mis en évidence dans le manuscrit d’Inès fait partie des rumeurs qui courent au sujet de Vandello. Dans ce cas, comment Inès sait-elle que ce n’est pas juste une rumeur ? Comment sait-elle que c’est la vérité, alors que de son propre aveu, elle n’a jamais vu le visage de Vandello ? Peut-être que n’en n’étant pas sûre, elle préfère ne pas s’y risquer...C’est un petit livre sympathique que j’ai bien aimé, qui décrit les émois d’une jeune femme qui sort à peine de l’adolescence, une jeune femme un peu égoïste, qui a envie de vivre sa jeunesse et son amour, et du même coup, de prendre son indépendance par rapport à sa famille. On a parfois envie de lui mettre des claques, surtout après le décès de sa grand-mère. Elle fait preuve d’un très grand égoïsme, et d’insensibilité. Ensuite, on réfléchit, et on se demande comment on réagirait, à sa place. On espère qu’on réagirait différemment, mais ce n’est pas sûr.

Bref, le roman dépeint avec fraîcheur, simplicité, et justesse, quelques mois de la vie de mademoiselle tout le monde. Inès, c’est mademoiselle tout le monde qui commence un travail dans une ville inconnue, et qui découvre l’amour. Bien sûr, elle ne le connaît que fictivement... Son manuscrit est comme un roman dans le roman de sa vie. Cela veut dire qu’un personnage fictif se connaît assez bien pour savoir ce qui se serait passé, et comment elle aurait agi, si, une nuit, elle avait fait un autre choix. C’est quelque chose que toute jeune fille un peu romanesque peut faire, et fait peut-être parfois : si j’avais fait cela, il se serait passé telle chose, ce qui aurait entraîné tel événement. Inès ne fait pas que l’imaginer : elle l’écrit.

Cette idée d’un personnage imaginant une partie de sa vie si il avait fait un autre choix, est assez intéressante. Elle a déjà été exploitée, par exemple, par Paul Guimard dans "L’ironie du sort", mais différemment.C’est le premier roman de Valentine Goby. J’espère que ses futurs livres seront aussi intéressants.

  • Valentine Goby
  • Folio Gallimard

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