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La passion de la presse

mardi 24 février 2009, par François Membre

Jean Miot aime la presse. Avec son éternel nœud papillon qui lui donne des airs patelins de notaire de la IIIème République, l’homme est doté d’une plume alerte qu’il n’hésite pas à tremper dans le vinaigre pour nous raconter l’histoire de la presse française.

Ancien président du Conseil de surveillance du Figaro (1993 à 1996), l’auteur a également été président de la Fédération nationale de la presse française (1993-1996), président du Syndicat de la presse parisienne (1986-1996), et directeur de l’Agence France-Presse (1996 à 1999). Jean Miot, entré à 16 ans (1955) à L’Eclair du Berry, est donc bien un homme du sérail. Du journalisme, il en connait tous les arcanes, en a pratiqué tous les métiers.

Si son livre, bourré d’anecdotes, démarre, en toute logique, avec la Gazette de Renaudot qui fut, sous le règne de Louis XIII, le premier journal publié en France, c’est aussi pour nous dire que, déjà, des relations troubles existaient entre journaux et pouvoirs. Collusions-collisions, amour-haine formèrent dès les origines un étrange terreau propice aux coups de cœur-coups de gueule. Brave petit soldat de la presse, Jean Miot nous entraine à sa suite au long des siècles. La monarchie absolue, la Révolution, les Empires, les Restaurations et les Républiques tentèrent tour à tour d’amadouer ou de briser cet étrange partenaire que Jules Ferry (avec les lois sur l’instruction obligatoire) aida – involontairement – à acquérir le rôle de quatrième pouvoir.

Si l’auteur analyse avec justesse ces relations passionnées et passionnelles, il ne se contente pas de jouer à l’historien. Il se fait clinicien et pose un diagnostic sévère sur la déliquescence de la presse d’aujourd’hui. D’ailleurs, c’est sans ambages qu’il dénonce ceux qui, à ses yeux, sont causes de ce médiocre état de santé. Les responsables ? Les patrons de presse (se range-t-il dans ces fautifs ?) qui « durant la période de vaches grasses, [...] ont oublié ou privilégié les annonceurs de publicité par rapport aux lecteurs ». Autre accusé, le Syndicat du livre CGT, « qui a freiné la modernisation », mais aussi les journalistes qui craignent de se démarquer « touchés par un panurgisme étonnant et une pensée correcte assommante ». « Le politiquement correct, ça assassine la presse et le lecteur, ça l’emmerde », assène l’auteur qui dénonce aussi la « sous-capitalisation » de la presse. Une tare qui remonte à la Libération, quand, « au nom de l’esprit de la Résistance, on a décidé que l’argent et la presse seraient séparés, [...] quand la presse a été tondue et spoliée en une nuit et que de nouveaux propriétaires se sont installés en lieu et place des anciens ». Les nouveaux responsables d’alors, dans un angélisme puéril, avaient perdu de vue que « si la presse n’est pas une marchandise comme une autre, on oublie souvent que c’est un produit de l’esprit, mais aussi une industrie ».

Alors, la presse française est-elle condamnée ? Toujours au premier rang pour la diffusion de la presse magazine, la France n’est plus qu’au 29e rang mondial pour la lecture des quotidiens nationaux avec seulement 11 titres (y compris la presse financière, sportive et hippique). Pourtant, si la presse quotidienne écrite perd 2% de ses lecteurs par an, certains quotidiens régionaux et nationaux continuent de gagner des lecteurs ou en perdent très peu, alors que d’autres subissent une chute vertigineuse de leur diffusion. Jean Miot refuse de désespérer totalement. Il met le doigt sur la plaie mais ne propose pas le remède miracle, et ses formule sentent un peu le "Yaka, faukon" du café du Commerce : « La presse sera sauvée si elle invente ce paradigme : conjuguer le web et le papier [...]. L’écran sauvera l’écrit ».

Alors, celui qui sera à l’origine de cette révolution existe-t-il ? A l’heure d’internet et des journaux gratuits, saura-t-il, pourra-t-il imposer cette nouvelle voie ? Sur ce point précis, Jean Miot est muet. Hélas !

  • Jean Miot
  • éditions du Rocher

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