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Le Déchronologue

mardi 4 octobre 2011, par François Membre

Le temps est bouffé aux mites ! Il fait eau de toute part, comme une vieille barcasse rongée par les bernacles. Que s’est-il passé, là –bas, en aval pour que les iles des Caraïbes soient inondées par ces étranges maravillas venues d’un futur aussi étrange qu’incompréhensible et inconnu ?

En ce XVIIe siècle où les guerres de religion hantent encore les mémoires de ceux qui en ont souffert, le capitaine Henri Villon et son équipage moitié pirate-moitié corsaire français, se frottent tout autant aux Anglais qu’aux Espagnols. Combats habituels dans la mer Caraïbe où les grandes nations européennes entendent s’installer malgré deux bulles pontificales partageant le monde entre Espagne et Portugal. Mais les marins se heurtent à d’étranges tempêtes, le monde est déchiré par des perturbations temporelles.

Des perturbations qui amènent des visiteurs aussi improbables qu’étranges. Qui sont ou que sont ces Targuis qui se déplacent avec des engins volants ? Bien sûr, ils se qualifient d’observateurs mais ils agissent aussi parfois et pourquoi et comment les comptoirs espagnols sont-ils totalement détruits ? Bien sûr, les Indiens se révoltent contre l’occupant espagnol mais ce n’est pas dans la cité maya de Noj Peten que sont façonnées ces armes extraordinaires qui rendent les mousquets bons pour la ferraille...

Les fragments d’un journal

Présenté sous la forme de fragments d’un journal écrit par le capitaine Villon, ce Déchronologue se démarque très nettement des ouvrages traitant du voyage temporel. Ici, les acteurs du roman ne sont que des victimes, ils subisent ! Si parfois ils grappillent quelques produits d’une technologie avancée, ils ne peuvent les reproduire et ce temps qui s’écroule sur eux n’apporte pas que des choses bénéfiques et les envahisseurs temporels doivent être renvoyés au néant. Une mission douloureuse quand il s’agit des galères d’Alexandre le grand mais aussi une affirmation de liberté face à ce cuirassé dirigé par de belliqueux et autoritaires Americanos qui semblent croire que l’Amérique est à eux.

Dans ce journal de bord, si le capitaine Villon décrit ce qu’il comprend de ce qui se passe autour de lui, il révèle aussi le monde qui l’entoure et son histoire personnelle avec ses joies et ses souffrances. Mais l’une des grandes trouvailles de l’auteur est d’avoir su retrouver un langage savoureux et évocateur de l’époque. A la fois fluide et truculent le récit coule, fort, riche et évocateur. Les descriptions des personnages ou des lieux pittoresques sont riches de détails et jamais ennuyeuses. Au contraire, elles sont bien vivantes et les personnages qui traversent les pages du roman sont hauts en couleurs.

La dédicace du roman « À tous les buveurs de tafia et à tous ceux qui restent debout » est révélatrice de la tonalité d’une œuvre picaresque mais elle est aussi un salut respectueux à ceux qui refusent de renoncer. Au final, voici une œuvre forte, riche et envoutante qui, lors de sa première édition fut largement et très justement primée.

  • Stéphane Beauverger
  • Folio SF

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