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Le Liseur

lundi 17 août 2009, par Anaïs Lefaucheux

L’actualité cinématographique nous permet parfois de (re) découvrir des chefs-d’œuvre. Ainsi du Liseur de Bernhard Schlink, servi par une excellente traduction française, qui restitue à merveille l’épaisseur émotionnelle du récit.

A quinze ans, le jeune Michael Berg se lie avec Hanna, une mystérieuse femme de 40 ans, aux côtés de qui il découvre l’amour, les douleurs et les joies de l’attachement.

Le roman développe une très belle poétique du souvenir, relayée sous forme d’arrêts sur images :

« Elle s’arrêta à la fenêtre, tournée vers l’obscurité, regardant le reflet des rayonnages et son propre reflet. C’est l’une des images d’Hanna qui me sont restées. »

La relation des deux personnages s’appuie sur la littérature : le jeune homme fait la lecture à son amante, selon un rituel immuable, mêlant tendresse et sensualité. Un jour, elle disparaît sans laisser la moindre trace, laissant Michael inconsolable.

Bien des années plus tard, malgré d’autres femmes, un enfant et un divorce, le souvenir d’Hanna le hante toujours :

« Jamais je n’ai pu cesser de comparer mon intimité avec (ma femme) avec mon intimité avec Hanna (...) j’avais l’impression que quelque chose clochait, qu’il y avait erreur sur la personne. »

Michael retrouvera Hanna au cours d’un procès : il est juré, elle siège sur le banc des accusés. Elle aurait travaillé dans un camp d’extermination, en toute connaissance des exactions qui s’y déroulaient. L’émotion des lointains souvenirs le dispute alors en lui avec le cas de conscience moral :

« J’avais embrassé ce cou et ce grain de beauté. »

Elle n’échappera pas à la prison. Il continuera cependant de lui envoyer des enregistrements de lectures et finira par comprendre son secret : elle n’avait jamais su lire.

Le lecteur peinera à retenir ses larmes au moment où ils se retrouvent dans le jardin de la prison. Les réflexions sur le temps et la mort, mais aussi sur la grandeur de l’amour sont particulièrement émouvantes, et la fin tragique :

« En le regardant longuement, je vis transparaître sous le visage mort le visage vivant (...) le jeune homme reste présent dans le vieillard, comme dans la vieille dame la beauté et la grâce de la jeune femme. »

  • Bernhard Schlink
  • Folio

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