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Le bossu

mardi 4 mars 2008, par La Livrophile

Fin du XVII ème siècle et du règne de Louis XIV. Philippe de Nevers, ami de Philippe de Gonzague et du Régent Philippe d’Orléans, a épousé en secret la belle et riche Inès de Caylus. C’est un champion d’escrime, rendu invincible par une fameuse passe, la "botte de Nevers", dont tous les duellistes cherchent à percer le secret, mais dont un seul recevra l’enseignement : Lagardère, un jeune escrimeur qui a été engagé pour tuer Nevers et qui, le reconnaissant, s’est mis à son service. Nevers et Lagardère sont en route pour retrouver la belle Inès dans son château et assister au baptême de l’enfant qui est né de cette union, prénommée Aurore. Mais en arrivant au château, ils tombent sur un guet-apens tendu par Gonzague, qui convoite également la fortune et Inès de Caylus, et dans l’affrontement Nevers est tué, non sans avoir confié à Lagardère les papiers légitimant son mariage et l’enfant qui en est né, l’enfant à protéger, et le secret de sa botte, tandis que Gonzague enlève la belle Inès pour l’épouser à Paris. Cependant, Lagardère parvient à blesser Gonzague à la main, jurant que par ce moyen il le retrouverait et vengerait la mort de Nevers, son ami. C’est le fameux : "Si tu ne viens pas à Lagardère, Lagardère ira à toi !"

Début du XVIII ème siècle, la Régence est en place, et différents bouleversements interviennent dans le royaume, par exemple l’invention du papier-monnaie et les spéculations qui en découlent. Lagardère et la jeune Aurore de Caylus (qui a maintenant 18 ans) reviennent à Paris, en secret, pour tenter de récupérer l’héritage de la jeune fille, retrouver sa mère, et venger la mort de son père. Mais la veuve de Nevers, trompée par les dires de Gonzague, a épousé celui-ci, tout en réservant sa fortune pour sa fille, qu’elle espère toujours retrouver. Gonzague lui a fait croire que Lagardère était l’instigateur du complot contre Nevers et qu’il avait enlevé le bébé dans l’espoir de demander une rançon, et la veuve, qui n’a rien su de l’affaire qui s’est déroulée dans son château, le croit. Pour déjouer ces machinations, Lagardère se déguise en bossu et s’introduit dans le cercle d’amis qui fréquente Gonzague, réussissant même à capter son attention, sa confiance même, et de devenir en quelque sorte son confident. Il apprend ainsi que Gonzague sait qu’il est revenu à Paris avec la jeune Aurore, et qu’il tente de les retrouver pour supprimer Aurore, mais qu’il ne réussit qu’à voler les preuves de son identité. Lagardère essaie alors de toucher le Régent et de lui parler de l’affaire, mais il est arrêté. Il obtient un jour de sursis qui lui permet de tirer Aurore des griffes de Gonzague et de la rendre à sa mère. Le jour prévu pour son exécution, grâce à l’amour d’Aurore et au soutien de sa mère, il parvient à se justifier et à démasquer Gonzague, qu’il tue en duel grâce à la "botte de Nevers".Une fois n’est pas coutume, je catalogue une de mes critiques dans les "romans classiques". En effet, ce roman, qui pourrait être pris pour un roman historique, ne garde l’Histoire que comme toile de fond et ne met en scène que des personnages soit totalement inventés, soit très peu connus car ayant eu un tout petit rôle dans l’Histoire... Mais ce roman a été écrit il y a un bout de temps, il est assez peu étudié, ce qui est dommage, mais je l’ai tellement lu qu’il m’est devenu archi-familier, et est pour moi un classique...

L’intérêt de ce roman et le succès qu’il a reçu à sa sortie (sous la forme de roman-feuilleton, au milieu du 19ème siècle, moment où cette forme connaissait de toute façon un grand succès) résident dans la forme composite qu’il adopte. L’auteur a joué sur plusieurs codes, parfois pour les moquer, les caricaturer, mais aussi pour les mettre en valeur, et réhabiliter des personnages tombés en désamour du public. Ainsi, il montre un chevalier errant dans un monde où celui-ci est tourné en dérision, mais en réussissant à tourner le public en sa faveur, il mêle représentation historique de la Régence et, à travers elle, du monde moderne, il parodie le roman picaresque à travers le couple truculent formé par Cocardasse et Passepoil, dont même les noms font sourire, et le romantisme à travers le contraste saisissant entre l’affreux bossu Lagardère et la belle et jeune Aurore. C’est donc un roman populaire dans toute sa force, et de façon exemplaire.

Pour ma part, j’ai également lu la "littérature annexe" qui entoure ce roman, à savoir les romans et épisodes écrits par Paul Féval fils, poursuivant l’oeuvre de son père et le pastichant en racontant des moments de la vie de Lagardère qu’on ne connaît pas : son enfance (La jeunesse du Bossu), la suite du roman (Le fils de Lagardère), la mort du héros... Et je dois dire que tous ces éléments m’ont toujours enthousiasmée, à tel point que j’ai beau connaître l’ensemble par coeur, je pleure toujours au moment de la mort de Lagardère... On s’attache tellement à ce personnage que cela fait mal de le voir vieillir et mourir de cette façon, et je pense qu’il fait partie de ces personnages qu’on ne devrait jamais voir mourir... (voyez par exemple les scandales à la mort de Sherlock Holmes ou d’Arsène Lupin ! A tel point que les auteurs ont dû "ressusciter" leurs héros par la suite...)

Pour conclure, je dirais que le Bossu (ou le roman de Lagardère, comme on appelle l’ensemble de cette littérature des Paul Féval père et fils) a connu un réel succès à sa sortie, et encore aujourd’hui, ce qui se prouve à travers ses nombreuses adaptations en pièces de théâtre (déjà quatre ans après sa sortie, l’adaptation théâtrale par l’auteur était jouée très souvent !) et en films (je pense notamment à la version jouée par Jean Marais, ou à celle, plus récente, avec Daniel Auteuil...), et je pense que ce succès est mérité. Si vous ne savez pas quoi lire durant vos prochaines vacances, jetez-vous sur Lagardère, vous ne serez pas déçu ! Et n’oubliez pas : "Si tu ne viens pas à Lagardère, Lagardère ira à toi !"...

  • Paul Féval
  • L’école des loisirs

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