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Le chemin qui menait vers vous

jeudi 24 mars 2011, par François Membre

Ce livre est en lui-même une petite curiosité en France puisqu’une première version a été publiée sous forme de feuilleton numérique interactif sur iPhone et iPod touch, les lecteurs pouvant réagir au fur et à mesure de la progression de l’histoire. La version livre papier classique étant annoncée comme "assez différente" de la virtuelle.

A la rencontre de Barjavel

Récit de science-fiction qui n’ose pas dire son nom, cet ouvrage fait inévitablement penser au célèbre Ravage de René Barjavel. L’on se souvient que, dans l’ouvrage de Barjavel (qui date de 1943), la civilisation s’effondrait, suite à la disparition de l’électricité et le retour à la terre y était évoqué comme une panacée. Alors que Barjavel plaçait son récit en 2052, dans un futur éloigné d’un siècle, les auteurs du Chemin qui menait vers vous sont moins ambitieux mais aussi plus réalistes. Leur récit est, en effet, situé en 2017 et leur futur s’écrit au présent.

Roman cataclysmique, d’une facture assez classique, ce Chemin... voit disparaître non pas l’électricité mais l’essence. Suite à un nouveau choc pétrolier, les robinets sont définitivement fermés. Le président Sarkozy avait bien affirmé que la France ne serait pas touchée et que les conséquences ne seraient que marginales pour le pays... mais voilà, le président a été assassiné. Sa disparition, juste avant l’élection présidentielle, plonge la nation dans le chaos. Après l’essence, la nourriture se raréfie, il n’y a quasiment plus d’électricité, plus d’Internet, plus de téléphone. Totalement dépassé, le pouvoir chargé d’expédier les affaires courantes tombe en déliquescence. Les salaires ne sont plus versés, l’administration tourne au ralenti. Les forces de l’ordre se divisent en autant de factions. Les journaux ne paraissent plus. Tous les repères de notre existence moderne, de notre confort moderne s’écroulent l’un après l’autre... L’argent perd toute valeur et le troc s’impose pour ceux qui ont quelques choses à échanger, pour les autres...

Des personnages humains

Comprenant que la civilisation occidentale s’effondre, Guillaume décide de rejoindre le Sud-Ouest où vivent ses parents. Avec sa compagne et une belle-sœur enceinte de sept mois le trajet se fera à pieds, un colosse prétendument médecin et un ado en rupture de famille vont compléter ce groupe hétéroclite qui pour des raisons de sécurité va emprunter le chemin de Compostelle de préférence aux grands axes. Un pèlerinage qui ne sera pas sans risques ni dangers. Une fois encore, les auteurs vont croiser Barjavel sur leur route. Egalement à pieds, les personnages de celui-ci tentent de gagner la Provence où vivent les parents du héros.

Les différences entre le héros de Ravage et celui du Chemin... tiennent essentiellement dans la psychologie des personnages. Chez Réjault et Latorre, nous avons un personnage sensible doté d’empathie, il pleure et répugne à tuer, même quand sa vie est en jeu. Chez Barjavel, nous avons un chef investit d’une mission quasi-divine. Froid et sûr de lui, il n’hésite pas à trancher en deux d’un coup de hache une sentinelle qui s’était endormie à son poste... Donc, pas de manichéisme primaire dans le Chemin et même les salauds ont une dimension et des sentiments humains, même s’il s’agit de la haine ou du racisme.

Le souci du détail

Entre les dangers révélés ou cachés, la promiscuité permanente, la fatigue d’un voyage pas comme les autres, les auteurs du Chemin... ont opté pour un démarche privilégiant le côté "petite gens". Pas de grande envolée expliquant les tenants et les aboutissants de la révolution-désagrégation de la société. Ce n’est qu’en passant, par la bande, que l’on apprend ce qui se passe ici où là. Ce qui est mis en avant, ce ne sont pas les grandes choses mais les petits faits du quotidien des personnages. C’est par l’accumulation de maints petits détails que l’on glisse presque sans s’en rendre compte dans la tourmente et que l’on est happé par cette barbarie renaissante. Dur et violent, le roman se lit comme l’autopsie clinique d’une décomposition annoncée.

L’ouvrage se termine sur un étrange suspens où l’on comprend que la destruction de notre monde n’est pas obligatoirement le fait de la fatalité et qu’un démiurge malfaisant est à l’œuvre. C’est avec de nombreuses questions qu’il ne nous reste qu’à attendre le tome 2

Titre : Le chemin qui menait vers vous

Auteurs : William Réjault, Laurent Latorre

Editeur : Robert Laffont

Nombre de pages : 332 pages

Prix : 19 euros

  • William Réjault et Laurent Latorre
  • Robert Laffont

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