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Le cri du héron

dimanche 10 août 2008, par La Livrophile

C’est un recueil de six nouvelles. "Le cri du héron" :

Marie vit heureuse entre ses parents, son frère, son oncle, sa tante, et ses cousins. Sa tante Elisabeth est enceinte. Malheureusement, elle perd son enfant, et a beaucoup de mal à s’en remettre. Claude, le frère de Marie, et Michel, le fils d’Elisabeth, décident d’aller chercher un enfant dans les choux (ils sont très jeunes, et croient que c’est là qu’on les trouve) pour lui redonner le sourire. C’est là qu’arrive le drame... "Les soeurs ennemies" :

Henriette est une enfant illégitime. Elle vit avec sa mère qui s’acharne à lui faire sentir qu’elle n’a pas été désirée, qu’elle n’est que source d’ennuis. Elle n’a de réconfort qu’auprès de ses grands-parents, et plus tard de Maurice, l’homme avec qui sa mère se marie. Mais quand sa mère donne naissance à Aurore, tout bascule à nouveau. Aurore est la préférée, et elle en profite. Maurice essaie bien, parfois, de soutenir Henriette, surtout lorsque les injustices sont trop criantes, mais la petite fille est très malheureuse. "Le journal d’Olivier" :

Olivier a dix ans. Il vient d’avoir un cahier pour son anniversaire. Il va y écrire tout ce qui lui arrive, ainsi que ses rêves. Il veut être journaliste. Il a une petite soeur de cinq ans, Coralie. Les deux enfants sont entourés de leur parents et de leur grands-parents. C’est une joyeuse petite famille. Mais un jour, Christophe, le père d’Olivier, rencontre Martine, et c’est le coup de foudre... "Une conquête difficile" :

Claudine vient de connaître un divorce difficile qui l’a beaucoup éprouvée. Un jour, son corps se rappelle à elle, et se révolte contre le surmenage : elle a un énorme coup de fatigue. C’est ainsi qu’elle rencontre Yves, le médecin qu’elle va consulter, Yves dont la femme est morte quatre ans plus tôt. Au bout de plusieurs rendez-vous, les choses deviennent sérieuses entre Yves et Claudine. Claudine fait donc la connaissance d’Aurélie, la fille d’Yves. La petite fille la rejette immédiatement. "Un noël sans frontières" :

Maurice a connu la guerre de 14-18. Il en est revenu défiguré. Contrairement à ce qu’il pensait, sa fiancée, Rolande, ne s’est pas enfuie en le voyant. Ils se sont mariés, et ont eu un enfant, Michel. Plus tard, Maurice devra subir les allemands à nouveau, pendant la guerre de 39-45. Il se montrera entier, et ne voudra pas voir que tout n’est pas tout blanc ou tout noir. Lorsque son fils, Michel, lui annonce qu’il va épouser Ilse, une jeune allemande, il le chasse, rejetant sur elle, qu’il ne connaît pas, la faute de certains allemands. "La fugue de Sandrine" :

La mère de Sandrine est morte quand elle avait quelques mois. N’ayant pas de mère, Sandrine a reporté tout son amour sur son père, Bernard. C’est une gentille petite fille, Sandrine, elle donne sans compter. Lorsque son père commence à fréquenter Laure, elle en souffre, se sentant délaissée. Mais elle ne dit rien. Même chose lorsqu’ils se marient. Lorsque Laure donne naissance à Xavier,puis à Julie, Sandrine se sent totalement abandonnée. En outre, Laure souffrant fréquemment de migraines, elle se repose énormément sur Sandrine, sans bien se rendre compte que c’est encore une enfant.

Ces nouvelles sont très plaisantes. Elles nous montrent des situations simples (une enfant qui refuse d’accepter sa belle-mère, une fille qui prend sa soeur comme souffre-douleur, un homme marié qui rencontre une autre femme, etc), et explore les sentiments humains avec justesse. Ces situations, on les voit presque tous les jours, les thèmes pourraient donc sembler rebattus. Pourtant, il n’en n’est rien. Ces nouvelles sont passionnantes et pleines d’espoir. Bien sûr, tout ne peut pas se terminer comme dans ces nouvelles, et on pourrait reprocher à Marie-Paule Armand de ne faire que des fins heureuses. Mais ces fins ne sont pas tirées par les cheveux. Alors, pourquoi pas ? Dans "Le cri du héron", on a envie de croire au miracle accompli par un petit hamster.

Dans "Les soeurs ennemies", il y a certaines lourdeurs, (par exemple, Henriette enfant sait que sa soeur fera tout ce qu’elle peut pour la persécuter, et elle n’essaie pas de cacher certains jouets chez une amie ou ses grands parents, et elle raconte certains pans de sa vie en famille, alors qu’elle sait qu’on ne lui répondra que par du sarcasme et du mépris), mais on est totalement captivé par l’histoire. Aurore est peut-être un peu caricaturale, mais en y réfléchissant bien, ça doit exister, des pestes comme ça.

Dans "Le journal d’Olivier", on pourrait penser que c’est un peu gros. C’est peut-être la nouvelle dont j’ai le moins apprécié la fin... C’est un peu trop facile, de tout oublier, comme ça... Et on pense que le père recommencera. Par contre, l’attitude de Martine nous sort des sentiers battus de la méchante marâtre qui pique sans vergogne un homme à sa femme, un père à ses enfants. Le petit Olivier est mignon, et ce qu’il fait est émouvant.

Dans "Une conquête difficile", on entre dans les rapports compliqués entre un enfant et sa belle-mère. C’est quelque chose de classique. L’histoire est sympathique...

Dans "Un noël sans frontières", on découvre un homme qui a souffert à cause des allemands, et qui, par conséquent, les met tous dans le même sac. On le comprend, mais on le blâme. Ce qui se passe après sa mort est extrêmement touchant. C’est une belle leçon de tolérance. En effet, beaucoup de gens ont tendance à coller des étiquettes. Il faut toujours rappeler que les allemands ne sont pas tous des nazis, que les orientaux ne sont pas tous comme le personnage de "Jamais sans ma fille", etc. Il faut prendre chaque individu pour ce qu’il est, et pas parce qu’il est du même pays que certains qui ont commis des atrocités. Il y a des fous, des assoifés de pouvoir partout. Qu’un homme soit bon ou mauvais ne tient pas à sa religion, à sa race, ou à son pays.

Dans "La fugue de Sandrine", on prend en pitié cette adolescente qui souffre en silence, et qui porte presque le poids de la maison sur ses épaules. Le tort de Sandrine est de ne pas communiquer. Elle supporte, elle supporte... un jour, elle craque. Et c’est là que son père et Laure se rendent compte qu’ils ne lui ont pas assez montré qu’ils l’aimaient, et qu’ils lui en ont trop demandé. Cette nouvelle est donc un appel à la communication. Si quelque chose ne va pas, il faut le dire plutôt que d’accumuler, et de craquer plus tard.

En gros, ces nouvelles sonnent très juste, sauf peut-être "Le journal d’Olivier", mais elle est tout de même agréable.

  • Marie Paule Armand
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