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Le magasin des suicides

dimanche 18 mai 2008, par La Livrophile

Dans un avenir lointain et une ville moderne. La famille Tuvache est, depuis dix générations, spécialisée dans le suicide. Corde, couteaux, lames de rasoirs, poisons... vous trouverez tout ce qu’il vous faut pour réussir votre mort dans leur magasin. Tout est pensé pour que vous ne vous ratiez pas : par exemple, les lames de rasoir sont rouillées, car vous attraperez le tétanos si vous ratez la veine, ou si vous ne coupez pas assez bien ; Les kimono portent une grande croix rouge pour que vous sachiez où frapper pour mourir plus vite ; certains poisons tuent par contact, ingestion ou inhalation, tout à la fois...

Mishima et Lucrèce Tuvache ont deux enfants, Vincent et Marilyn, deux ados qu’ils élèvent dans cette culture qui est la leur depuis bien longtemps. D’ailleurs, Vincent est prénommé ainsi car Vincent Van Gogh, et Marilyn parce que Marilyn Monroe, deux suicidés célèbres.

Un jour où Mishima et Lucrère testent un de leur nouveau produit, le préservatif percé, un "accident" se produit, et neuf mois plus tard, le petit Alan (parce Alan Turing, inventeur de l’informatique moderne, et également suicidé par le biais d’une pomme empoisonnée - d’où le logo d’une célèbre boîte d’informatique) vient ajouter ses boucles blondes, ses sourires et sa joie de vivre dans le magasin. Malheureusement pour les Tuvache, l’optimisme et la bonne humeur du petit dernier sont incurables, et deviennent même vite contagieux au sein de la famille... Dès les première lignes de ce roman, nous savons à quoi nous attendre : une merveille d’humour noir, une mine d’inventions macabres, un festival de désespérés. On se trouve un peu dérouté par le début, car il n’y a aucune notion de temps ou d’espace, nous ne savons pas où ni quand nous sommes. Mais très vite, on se laisse prendre par la plume de Jean Teulé, par sa verve et son humour, pour finalement ne pas lâcher le livre avant la fin.

Le quotidien ordinaire de cette famille pas comme les autres donne lieu à de nombreux décalages avec nous, avec notre époque, et cela contribue au plaisir que prend le lecteur à lire ce roman. Et les inventions toujours nouvelles des personnages nous font bien rire.

Cependant, j’ai été très déçue par la fin, car au fur et à mesure que s’installe le rose dans cette famille tout en noir, vient aussi l’ennui, la routine, et le démontage systématique des inventions que nous avions appréciées au début du récit. Et la "chute" (le mot est très bien choisi ici) m’a laissé un arrière-goût assez étrange dans la bouche. On a l’impression que l’auteur, ne sachant comment finir son récit, a choisi de le suicider, lui aussi, par cette fin plus qu’abrupte. Alors on laisse le roman de côté, et on se laisse aller à une réflexion sur le bonheur : pourquoi faut-il, quand il s’installe, que tout se lisse ainsi ? Faudrait-il garder une part de malheur et de dépression dans nos vies, pour vraiment profiter de notre bonheur ?

Bref, on passe un très bon moment de lecture, même si le roman est trop vite fini, mais à mon avis il faudrait s’arrêter avant la fin...

  • Jean Teulé
  • Pocket

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