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Le rapport de Brodeck

mardi 4 mars 2008

Le métier de Brodeck n’est pas de raconter des histoires. Son activité consiste à établir de brèves notices sur l’état de la flore, des arbres, des saisons et du gibier, de la neige et des pluies, un travail sans importance pour son administration. Brodeck ne sait même pas si ses rapports parviennent à destination. Depuis la guerre, les courriers fonctionnent mal, il faudra beaucoup de temps pour que la situation s’améliore. « On ne te demande pas un roman, c’est Rudi Gott, le maréchal-ferrant du village qui a parlé, tu diras les choses, c’est tout, comme pour un de tes rapports. »

Brodeck accepte. Au moins essayer. Comme dans ses rapports, donc, puisqu’il ne sait pas s’exprimer autrement. Mais pour cela, prévient-il, il faut que tout le monde soit d’accord, tout le village, tous les hameaux alentour. Brodeck est consciencieux à l’extrême, il ne veut rien cacher de ce qu’il a vu, il veut retrouver la vérité qu’il ne connaît pas encore. Même si elle n’est pas bonne à entendre.

« A quoi cela te servirait-il Brodeck ? S’insurge le maire du village. N’as-tu pas eu ton lot de morts à la guerre ?

Qu’est ce qui ressemble plus à un mort qu’un autre mort, tu peux me le dire ? Tu dois consigner les événements, ne rien oublier, mais tu ne dois non plus ajouter de détails inutiles. Souviens-toi que tu seras lu par des gens qui occupent des postes très importants à la capitale. Oui, tu seras lu même si je sens que tu en doutes ... »

Brodeck a écouté la mise en garde du maire. Ne pas s’éloigner du chemin, ne pas chercher ce qui n’existe pas ou ce qui n’existe plus. Pourtant, Brodeck fera exactement le contraire.

Une guerre sans nom, une localisation floue, pas de dates : le récit se veut universel.

Le rapport de Brodeck est un roman magnifique. Claudel a réussi à nouer une belle intrigue sur les relations humaines en temps de guerre.

Loin d’être linéaire, le récit est parsemé de flash-back, qui peuvent parfois dérouter le lecteur mais qui font leur effet. Claudel sait jouer justement, sans abus.

Les lieux, les personnages, etc. ... : les descriptions de Claudel sont toujours très imagées.

A mes yeux, l’auteur a le grand talent de savoir faire passer de l’émotion grâce à une écriture très simple, avec des phrases courtes et des mots compréhensibles (sans avoir besoin d’un dictionnaire en permanence à ses côtés).

On parlera sûrement encore de ce roman dans de nombreuses années.

Le roman a reçu le prix Goncourt des lycéens 2007.

Hannibal le lecteur

  • Philippe Claudel
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