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Le roi transparent

mardi 19 février 2008, par Françoise Bachelet

Au XIIème siècle dans le Sud Ouest de la France, Léola, 15 ans, est une jeune paysanne qui partage sa vie entre son père, son frère Antoine et Jacques son fiancé. Il faut tout de même préciser qu’à cette époque les seigneurs féodaux se mènent des guerres sans pitié les uns contre les autres. Le seigneur d’Aubenac, à qui ils appartiennent, vassal du comte du Gévaudan, qui est à son tour un vassal du roi d’Aragon, lutte contre les troupes du roi de France. Et c’est bien à cause de ça que la vie de Léola va être complètement chamboulée. Le seigneur d’Aubenac ayant besoin de bras pour guerroyer va réquisitionner tous les hommes lui appartenant. Seule et abandonnée, elle doit maintenant survivre tant bien que mal. Pour échapper à la mort et au viol, elle décide de revêtir l’armure d’un jeune guerrier mort sur un champ de bataille, de partir sur les routes et surtout de changer son prénom pour celui de Léolo.

Sur son chemin, elle croise Nynève la rousse qui dit être une fée du savoir et qui unira son destin au sien en lui servant d’ange gardien tout au long de sa vie. Tout d’abord, elle décide que Léolo doit apprendre à se battre pour être crédible dans son armure de chevalier. Elle va donc l’emmener chez Maître Roland. Elle va aussi lui apprendre à lire et à écrire. Une fois l’apprentissage des armes terminé, elle va l’inscrire à un tournoi où elle gagnera un cheval, une nouvelle armure et l’estime d’une femme mystérieuse qui va les inviter dans son château et lui demander de lui apprendre à se battre. Cette femme mystérieuse n’est autre que Dhuoda, veuve du Duc de Roger de Beauville surnommé Poing de fer, mort aux croisades. Petit à petit, la duchesse lui racontera son enfance et lui dévoilera son projet de vengeance contre son demi-frère. Elle ira même jusqu’à l’ordonner chevalier. Léolo deviendra donc le seigneur de Safre.

A Poitiers, où elle se rend avec Nynève pour participer au grand tournoi, elle fréquentera la Reine Aliénor et ses enfants : Marie de Champagne, Godefroi et surtout Richard et assistera à ce que l’on appelait à l’époque la Cour d’amour, la fin’amor. Plus tard, elle deviendra Marchand de sang puis le seigneur des Ardres lui confiera une mission : se faire passer pour son neveu pour continuer la guerre qu’il a entrepris contre le Comte de Guînes. Puis elle se trouvera confronter à l’Inquisition qu’elle fuira tant bien que mal mais sans oublier de rendre service à la dame de lumière et sa fille Violante, en se chargeant de porter une lettre à son cousin le vicomte de Trencavel. Elle croisera à nouveau le chemin de Dhuoda devenue la Dame Noire. Elle reviendra par hasard dans son village natal et reverra Jacques sans oser lui dévoiler sa véritable identité.

Tantôt homme, tantôt femme, elle partagera sa vie entre ces deux états, s’autorisant parfois à être une véritable femme que ce soit dans les bras de Gaston, étudiant en Gai savoir ou encore ceux de Léon le forgeron. Le tout sur fond de légende, celle du roi Arthur, de la cour de Camelot, de Merlin l’enchanteur et surtout de l’histoire interdite du roi transparent, histoire qu’il ne faut pas raconter sous peine de mourir sur place, il parait qu’il existe des paroles malignes qui disloquent le monde ....

Ce livre me conforte dans l’idée que pour rien au monde, je n’aurais voulu vivre à une autre époque qu’aujourd’hui. Et pour cause, l’histoire que nous raconte Rosa Montero nous démontre une fois de plus que la condition féminine n’a que rarement été simple et enviée. Evidemment, pour moi qui suis du XXIème siècle, le Moyen Age n’est pas une époque que je connais très bien et me semble particulièrement loin. Mais quand même, comment peut-on rester indifférent au sort de Léola, qui a été confrontée si jeune et si brutalement à sa condition de femme. La voilà plongée dans un monde particulièrement machiste et à une époque de grands troubles sociaux : la guerre est omniprésente, l’Inquisition est là donnant une image bien peu glorieuse de l’Eglise... Mais ce roman sur fond pas « très gai » dirons nous n’en est pas moins intéressant car on y apprend beaucoup sur la vie quotidienne, les us et coutumes et les légendes en vigueur en France à l’aube de la Renaissance. Grâce au talent de l’auteur, on ne s’ennuie pas une seconde. Tous les personnages principaux sont attachants car ils sont vrais avec chacun un caractère bien trempé et de nombreuses qualités humaines. Les descriptions sont tellement réalistes que l’on plonge immédiatement au cœur de l’histoire au point même souvent d’avoir l’impression de la vivre aux côtés des protagonistes et de faire partie de leur groupe. Ce roman émouvant et original, à la lecture divertissante et où se mêle réalité et fiction nous offre une formidable leçon de vie.

  • Rosa Montero
  • Métailié

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