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Le scandaleux Héliogabale empereur, prêtre et pornocrate

vendredi 23 mars 2007, par Françoise Bachelet

Diplômée de l’Université de la Sorbonne, professeur en région parisienne depuis dix ans, Emma Locatelli partage son temps entre l’enseignement de l’Histoire et l’écriture.

Son premier roman nous raconte l’ascension et la chute de Elagabal alias Héliogabale, empereur de Rome aussi appellé Varius Avitus Bassianus ou encore Marcus Aurelius Antoninus, assez méconnu et vous comprendrez pourquoi lorsque vous aurez lu ce livre.

En l’an 217, de l’ère chrétienne, l’empereur Caracalla est poignardé par Macrin, le chef des prétoriens, qui se fait aussitôt proclamer imperator par les soldats. Mais Julia Moesa, la grand-mère d’Élagabal, Julia Soaemia, sa mère et Julia Mammaea, sa tante et mère du futur empereur Alexandre Sévère, princesses de la branche syrienne de la famille royale (voir tableau généalogique à la fin du livre), chassées de Rome quelques années plus tôt et avides de pouvoir, vont comploter pour placer sur le trône l’héritier mâle de leur dynastie. Au mois de juin 218, Varius, se retrouvait à 14 ans, maître de tout l’Empire romain qui s’étendait de l’Atlantique à la Mésopotamie et de la Grande-Bretagne au désert du Sahara. Dès son arrivée à Rome, il confia la gestion de l’Etat à sa grand-mère Moesa, qui fut donc la première femme à être admise au Sénat et à donner son avis...c’est elle qui en fait dirigea le pays tant bien que mal compte tenu des extravagances de son petit-fils en défendant sans relâche l’édifice qu’elle avait si patiemment et si soigneusement bâti.

Sachant que sa grand-mère s’occupait de tout, il n’eut de cesse d’imposer ses excentricités et de jouir de la vie dans tous les sens du terme. Sa première lubie fut d’instaurer le culte de son Dieu solaire El Gabal ou Héliogabale dont il avait reçu de son arrière grand père maternel les fonctions de grand prêtre. Pour cela, il fit construire un temple qui lui fut consacré sur le mont Palatin auprès du palais impérial et tenta d’y faire transporter la statue de Junon, le feu de Vesta, le Palladium et les boucliers anciles. Ensuite, lors de festins gargantuesques il faisait souvent apporter aux sénateurs, qu’il appelait les esclaves en toge, des répliques en bois, terre cuite ou pierre, des mets qui devaient être servis pour le dîner, en sorte que lui seul mangeait . Ou encore à la place des coussins ordinaires, il faisait mettre des outres souillées qu’il faisait dégonfler de façon à ce qu’ils se retrouvaient sous la table. Il éprouvait aussi un plaisir tout particulier à lâcher des lions et des léopards, pour jouir de la stupeur de ses convives, qui ignoraient qu’ils étaient inoffensifs. Il se faisait servir aussi des mets extraordinaires comme des talons de chameaux, des crêtes prises sur des coqs vivants, des langues de paons et de rossignols, des cervelles d’autruches. Au début, il mêlait des pierres précieuses aux fruits et aux fleurs ; Il semait aussi des perles en guise de poivre sur des poissons et donnait à ses invités toute l’argenterie qui avait servi lors du repas. Et je vous passe les frasques de ses tenues, ses caprices en tous genres, ses virées nocturnes dans les bas-fonds de la ville, ses mariages ratés et ses préférences sexuelles ...

Moesa, pressentant que tout ceci ne pouvait pas durer et voulant prolonger sa suprématie, lui proposa d’adopter son cousin germain Alexandre Sévère et de l’associer au pouvoir. Héliogabale, accepta puis voulut se rétracter mais le mal était fait et ce fut le début de la fin. Alexandre Sévère, son parfait contraire, avait été adopter par l’armée qui se rallia à ses côtés.

Ce roman historique, très bien documenté, parsemé de mots en latin dont vous trouverez la signification dans le lexique, à l’écriture remarquable, est passionnant. On ne s’ennuie à aucun moment. L’histoire est captivante et nous amène à nous poser des questions sur la véritable personnalité de cet empereur : était-il vraiment si « mauvais » ou n’était-il qu’un adolescent torturé à l’imagination sans limite et « manipulé » par son entourage ?

  • Emma Locatelli
  • Nouveau Monde

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