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Le souper des maléfices

jeudi 6 août 2015, par François Membre

Christophe Arleston est surtout connu comme auteur de BD. Léo Loden et surtout les séries consacrées au monde de Troy l’ont rapidement propulsées dans les têtes de liste des meilleures ventes. Plus de douze millions d’albums vendus assurent une certaine notoriété.
Mais Arleston n’est pas que scénariste comme le prouve son nouvel ouvrage intitulé « Le souper des maléfices ou Les fâcheux sortilèges d’un mage-cuisinier ». Un livre au titre un peu trop explicite pour ce qui apparait comme un vrai « diner de cons ».
Disons le tout de suite, ce récit est bourré d’humour mais ce n’est pas le même que celui qui imprègne la saga de Troy, dans ce roman, l’auteur est plus mesuré, plus pondéré mais il ne perd rien de son charme, ni de son goût pour les héroïnes aux belles formes. Comme la quasi-totalité des œuvres d’Arleston, il s’agit d’un récit de fantasy, mais ici, c’est une fantasy discrète et jamais envahissante qui peut même séduire ceux qui sont allergiques au genre.

Clins d’œil à Terry Pratchett
La plume d’Arleston est alerte et son écriture fluide. Ses descriptions imagées précises et plaisantes mais si ses vins semblent être de véritables nectars, je ne suis pas sûr de le suivre dans l’ensemble de ses goûts culinaires. Son personnage de Fanalpe est peut-être un excellent cuisinier pourtant les recettes qu’il mitonne amoureusement pour le duc Plucharmoy de Jaluse, à l’instar de son « cuissot d’ours aux fraises naines sur lit d’anchois » semblent un peu trop exotiques pour mon palais mais il est vrai que l’outrance ajoute à l’exotisme.
Slarance, cité maritime indépendante, est régie par un dynarque assisté de « sept– enfin six (l’un d’eux s’est suicidé)– ducs, nobles autoproclamés mais surtout marchands et marins, exerce son contrôle sur l’ensemble du trafic dans le sud de l’océan entre le phare de Phunque et le Bas-Pays ». Comparaison n’est pas raison, mais il est difficile de ne pas établir un lien entre Slarance et Ankh-Morpork la cité créée par Terry Pratchett dans les Annales du Disque-monde. Un autre point commun se retrouve dans la forme de gouvernement des deux cités-états qui ont pour l’une un dynarque et l’autre un patricien, les deux gouvernent leur monde depuis un long temps et excellent dans l’art du déguisement qui permet de prendre incognito le pouls de la population. Mais Arleston évite d’accumuler trop de ressemblances même si, à l’instar de Pratchett, ses personnages principaux sortent des sentiers battus.

Une espionne débutante enquête
A Slarance donc, le dynarque Ib Morkedaï est en proie aux soucis de sa charge d’autant plus que tous ses espions sont assassinés les uns après les autres. Dans la ville, il ne lui reste de vivante qu’une agent subalterne : Zéphyrelle, la fille d’un ancien héros de guerre. Certes, elle semble prometteuse mais elle est inexpérimentée. Saura-t-elle débrouiller cette affaire ? D’autant plus que d’autres troubles s’annoncent, Slarance semble être la cible d’une guerre économique particulièrement violente, le blé et la bière sont les deux cœurs de cible. Modifiées, les semences de blé sont stériles, obligeant les paysans à en racheter au prix fort chaque année (ce qui rappelle les techniques actuelles d’un grand groupe alimentaire américain) mais ce ne peut qu’être une coïncidence tout à fait fortuite, si le responsable de cette modification génétique, Onshanto, porte un nom proche de celui d’une firme américaine dans le viseur des producteurs de bio. En plus de ruiner l’économie locale le blé est nocif, les décès et malformations à la naissance sont en hausse mais ce sont « (…) juste de pratiques commerciales optimisées nécessitant de la discrétion. »

Un livre d’artisan
Tous les personnages ont une réelle consistance et nous parlent au travers de descriptions hautes en couleurs. Dans un bon travail d’artisan, c’est par petites touches qu’Arleston dévoile ses personnages et son intrigue. Zéphyrelle d’abord Agent Subalterne des Services Particuliers du dynarque est rapidement promue au rang d’Inquisitrice. Le cuisinier Fanalpe amoureux transi de la jeune Fiollulia qu’il trouve « ... rayonnante comme les fruits de l’été, douce comme un Vin de Nacre, belle comme un chapon qui rôtit, aussi attirante qu’un bonbon au miel de Blambouc ».
Espionnage, assassinats, guerre économique, grivoiserie, aventures maritimes, voyages temporels, histoires d’amour et procès à grand spectacle… Ce Souper des maléfices est un feu d’artifice et Arleston, une fois de plus, nous captive du début à la fin par ses trouvailles et ses rebondissements. Œuvre de fantasy, ce roman vaut aussi par les descriptions de Slarance qui, par certains côtés, évoquent également les cités et les civilisations décrites par Jack Vance dans ses écrits. En attendant une suite éventuelle, voici, en tout cas, un excellent scénario de BD !

Dans un premier temps, en vente exclusivement sur Amazon (format Kindle : 3,99 euros et impression à la demande : 17,50 euros) : http://www.amazon.fr/Le-Souper-Mal%C3%A9fices-C-Arleston/dp/B010OQN9EI/ref=pd_bxgy_14_text_y/279-5964826-2231544

Le souper des maléfices

  • Christophe Arleston
  • Bad Wolf
  • 326 pages
  • 3,99 €

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