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Les Armées

vendredi 29 août 2008, par Sarah Chelly

Dans le contexte de la libération récente d’Ingrid Betancourt, on peut se poser beaucoup de questions sur le régime politique qui règne en Colombie.

Cet ouvrage d’Evelio Rosero va nous offrir quelques clefs pour comprendre et surtout ressentir ce qui se passe en ce moment dans ce pays où les narcotrafiquants et la guérilla terrorisent la population entière.

Auteur et journaliste colombien né en 1958, il écrit aussi des livres pour enfants et a été lauréat de nombreux prix littéraires en Colombie et en Espagne.

Par quel moyen et à travers quelle histoire nous sensibilise-t-il à un sujet si difficile et épineux ? En toute simplicité, il nous invite à San José, petit coin reculé du pays où vit Ismaël, homme sans âge, ancien professeur, et sa femme, Otilia. Tout semble idyllique : aux rituels quotidiens se mêlent les histoires de la vie des habitants. De la belle Geraldina ,séduisante voisine, à Chepe, le patron de café, tous on l’air de couler des jours heureux et paisibles. Mais tout ceci n’est qu’une façade. Car malgré cette atmosphère plutôt gaie, on sent vite qu’il y a comme un malaise. Quelque chose de malsain qui plane, comme si c’était dans l’air. Dès le deuxième chapitre on parle de cette femme dont le mari disparu n’a jamais refait surface. Ce petit village, paisible en apparence, va en effet bientôt être le théâtre de drames que l’on oserait à peine imaginer. Petit à petit, le tableau se noircit, et la violence monte crescendo, sans raison, bien sur, pour atteindre son summum à la fin du récit, quand le héros se retrouve pris dans une nasse d’où il ne peut plus sortir.

Evelio Rosero nous rapporte donc à travers cet ouvrage saisissant le témoignage de son héros. Plus antihéros que héros, Ismaël est lassé par sa vie, il est bien le seul à qui la mort rendrait service...mais reste le seul que personne ne se résigne à tuer... Il est aussi entouré de plusieurs figures, à commencer par son épouse qui elle aussi finit par disparaître. Autre personnage symbolique et une image forte de ce récit, on retrouve Ohé, le vendeur d’empanadas, dont le cri de douleur mène le lecteur sur la route chaotique de ce village vers l’oubli. Car ce qui est mis en scène n’est ni plus ni moins que la terreur, la mort, la cruauté des bourreaux plus que les souffrances des victimes. Et notre vieillard erre comme une ombre au milieu des rues qui ont été la mémoire de sa vie, sans peur de la mort, mais hagard, sonné par l’incompréhension...

Le style de l’auteur, assez imagé, personnel, nous touche d’autant plus que le récit se fait à la première personne. Le héros voit surtout par les odeurs, les sons, les souvenirs. Mais aux belles couleurs et aux bonnes odeurs qui dominent au début (à l’image des oranges que le héros cueille dans son jardin), succèdent progressivement les femmes en noir et les hommes en rouge de leur sang.

Que dire, quelle solution trouver ? Ce triste tableau qui se finit dans une vision d’horreur qui ne semble pas nous faire voir le bout de ce tunnel. L’auteur aurait-il résumé en 155 pages une situation qui dure depuis des dizaines d’années ? Alors que faire pour sauver ce pays ? Est-il voué à l’échec et la destruction ? Il ne faut pas perdre espoir. Certains mènent et mèneront ce combat pour que les choses s’améliorent, et l’histoire d’Ingrid Betancourt qui a mis dans la lumière tous ces problèmes, a aussi eu le mérite de prouver qu’une issue favorable était possible.

  • Evelio Rosero
  • Éditions Métaillé

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