Critiques littéraires de livres et BD, actualités de la lecture

Accueil > Critiques > Fantastique / Science-fiction > Les Monades urbaines

Les Monades urbaines

lundi 28 novembre 2016, par François Membre

« Dieu soit loué !  » En 2381, la Terre compte 75 milliards d’habitants, croissant et se multipliant sans frein, l’humanité remplit le dessein divin. La surpopulation était une folle théorie des temps obscurs, elle a été démentie par l’ingéniosité des hommes. Au lieu de construire les villes à plat, elles sont maintenant verticales, serties dans des tours de mille étage où sont regroupées 800.000 personnes. Ce sont les monades urbaines, divisées en différentes cités qui s’empilent sur plusieurs étages. L’altitude déterminant le niveau social des habitants.

Le giron chaleureux de la pensée unique
En raison d’une extrême densité de population et de la promiscuité inévitable des règles visant à éviter le stress aux habitants ont été mises en place comme l’amour libre, personne ne peut se refuser à autrui, si le mariage est toujours en vigueur, la majorité est fixée à 12 ans (tant sur le plan sexuel que professionnel) et la nuit, dans les couloirs de la monade, l’on voit des promeneurs du soir entrer dans d’autres foyers que les leurs pour un hommage nocturne à une personne attirante. L’intimité et la jalousie sont des notions anormales qui doivent être combattues. C’est le monde du bonheur obligatoire pour tous et si quelqu’un éprouve comme un coup de blues des ingénieurs psychiques sont là pour le remettre sur les bons rails. Pourtant, parfois cela ne suffit pas et certaines personnes plongent dans un repli identitaire qui en fait des asociaux. Hors du giron chaleureux du moule et de la pensée unique, l’imagination et l’individualité sont des notions subversives qu’il faut combattre. Qui en doute est malade. Qui est malade est soigné. Qui est incurable est exécuté. L’utopie sur terre doit être préservée à tout prix et la seule évolution possible réside dans un statut quo inaltérable qui s’y oppose doit être détruit. C’est le prix du bonheur obligatoire pour tous.

Le goût fané du flower power
Puisqu’il regroupe les sept nouvelles qui composent le cycle des Monades Urbaines, cet ouvrage n’est donc pas un roman au sens propre du terme même s’il se lit comme tel, Robert Silverberg reprend et glisse ses personnages de l’une à l’autre en un subtil chassé-croisé qui permet de les voir sous un autre angle. Ecrit dans les années 70, comme on le voit à diverses références, cet ouvrage fait une large place à certaines idées de l’époque du flower power comme l’amour libre, la consommation de drogues ou l’art psychédélique. Pourtant, le texte de Silverberg est loin d’être dépassé, il sonne juste et, ainsi que le disait Gérard Klein dans sa préface de 1974, « Ce roman a une originalité, une densité et une espèce de véracité dans l’imaginaire qui lui permettent de traverser impunément les années. ». Un livre qui n’est pas dépassé mais aller de l’amour libre à l’amour et à la procréation obligatoire fait ressentir de l’amertume face à la trahison du rêve d’une génération. Est-ce ainsi que les hommes deviennent adultes ?

Les Monades urbaines

  • Robert Silverberg
  • Robert Laffont, collection Pavillons poche
  • 352 pages
  • 9,50 €
  • 2-221-18907-8

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?