Critiques littéraires de livres et BD, actualités de la lecture

Accueil > Critiques > Romans > Les charmes discrets de la vie conjugale

Les charmes discrets de la vie conjugale

mardi 29 janvier 2008, par La Livrophile

Dès sa première année universitaire, Hannah Winthrop Latham rencontre Dan Buchan, étudiant en médecine. Ils s’entendent bien, ils commencent à sortir régulièrement ensemble... A vingt ans, Hannah se marie avec Dan, et fait face à la désapprobation de sa mère, Dorothy. Celle-ci ne se prive pas de lui dire, de manière sarcastique et acerbe, qu’elle s’enferme dans une petite vie bourgeoise et coincée, sans avoir vécu sa jeunesse. D’une manière générale, Dorothy se dispute assez souvent avec son mari, John, et sa fille.Hannah se retrouve enceinte assez vite. Pendant un an, les Buchan vont s’installer dans un petit village perdu. L’un de ces endroits où les gens cancanent beaucoup, et montent la moindre chose en épingle. Les circonstances feront qu’Hannah trompera Dan. Après cette aventure, Hannah souhaite oublier tout cela, et ne vivre que pour son mari et ses enfants. Elle ne sait pas que trente ans plus tard, ce passé lui reviendra en pleine tête.

Ce livre m’a beaucoup plu. Il montre d’abord des relations familiales compliquées. Les parents d’Hannah sont des intellectuels, et elle se sent inférieure à eux. Elle sait que sa mère désapprouve tout ce qu’elle est. Ne se sentant pas à leur hauteur, elle s’enferme dans un mariage avec un homme qu’elle n’aime pas réellement, ou plus de manière amicale. La mère d’Hannah a l’air d’être une mégère, surtout lors de la grosse dispute qui l’oppose à sa fille, et après, lorsqu’elle obtient son pardon... Apparemment, John et Dorothy se sont fait plus de mal que de bien en se mariant. Plus tard, Hannah aura des enfants, et connaîtra aussi des relations difficiles avec eux. Son fils, Jeffrey, deviendra un bigot puritain. Il est un peu caricatural, mais malheureusement, ce genre de personne existe. Le pire, c’est que lorsque le scandale salissant Hannah éclatera, il ne la défendra pas, justement à cause de ce puritanisme, mais sa bigotterie sera plus forte que son amour pour sa mère. Il ne lui accordera même pas le bénéfice du doute.

Quant à Lizzie, la fille d’Hannah, elle n’est pas équilibrée moralement et mentalement. Elle est flouée par les hommes, et s’accroche à eux, devient hystérique... Hannah et Dan se posent les questions de tous parents en pareil cas : qu’ont-ils raté ? Qu’ont-ils fait pour que leurs enfants deviennent ainsi ? Ils ne semblent pas avoir fait partie des parents qui délaissaient leurs enfants ou les couvaient trop... Cela montre que parfois, (souvent même), les problèmes des enfants sont dus à l’éducation qu’ils ont eue, mais pas toujours. Hannah et Dan sont ouverts, et leur fils se transforme en une montagne d’intolérance.

Autre chose d’intéressant est mis en avant dans ce roman. Quelqu’un, (je ne dirai pas qui pour ne pas trop en dévoiler), se comporte mal pendant sa jeunesse, et plus tard, se repent, et assure qu’il a été éclairé par la grâce divine. Il décide d’écrire ses mémoires pour expliquer ses actes. Or, nous savons qu’une partie au moins de ce qu’il raconte est faux. Et bien sûr, le public qui lit le livre croit tout ce qui y est écrit. C’est une mise en garde contre les témoignages. Cela nous rappelle qu’il ne faut pas prendre tout témoignage pour argent comptant, juste parce que c’est écrit dans le livre. La personne raconte ce qu’elle veut, et nous n’avons jamais la preuve qu’un témoignage n’est pas enjolivé. Je ne veux pas dire qu’il faut douter de chaque témoignage que l’on lit, je dis qu’il faut prendre un peu de distance, et ne pas croire aveuglément tout ce qui est écrit parce que c’est écrit. Du reste, la personne qui a écrit son livre se cache derrière Dieu. Cela lui attire immédiatement la sympathie des puritains et des croyants. Il se sert de Dieu pour rentrer en grâce, car il sait que cela marchera. Douglas Kennedy brosse ici un portrait au vitriole de l’Amérique puritaine.

Il y a un autre thème à ne jamais oublier, même s’il a été souvent traité : les journalistes se comportant comme des charognards, harcelant sans relâche des personnes qui souffrent, avides de la moindre bribe de phrase pour s’en servir et faire du sensationnel. On en veut un peu à Hannah de craquer, mais on se demande également comment on réagirait à sa place. En s’énervant, en craquant, elle montre qu’elle n’est pas une femme parfaite.

(Attention, ici, la fin est évoquée. Même si tout n’est pas dévoilé, certaines choses le sont.)

A la fin, Hannah sort grandie de tout cela. Elle ne refait pas l’erreur de remettre son voyage à Paris, par exemple, même si elle meurt de peur. Elle ne pardonne pas à Dan, qui l’a rejetée, puis essaie de revenir en grâce, alors qu’avant, elle se serait peut-être laissée piétiner, et aurait pardonné tout de suite. On ne sait pas si elle finira par pardonner. Elle semble ouverte au dialogue, et ne rejette pas Dan en bloc.

Cela fait plaisir de lire de bons romans. "Les charmes discrets de la vie conjugale" fait partie des bons romans, à mon avis.

  • Douglas Kennedy
  • Pocket

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?