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Les forteresses psychopathologiques du sujet criminel

vendredi 10 septembre 2010, par Georges Fernandes

On pense que les « grands criminels » sont des génies du mal, qu’ils ont une intelligence, une connaissance de la science supérieure au commun des mortels. On imagine facilement cela, puisque les criminels sont capables de faire ce que l’entendement et la conscience sociale reprouvent : le meurtre. L’auteur Steve Abadie-Rosier réussit à démystifier ce mythe par le truchement d’une analyse de la santé mentale de cinq patients, malade ou atteint de typologie psychopathologiques, ils ont le même point commun, celui d’avoir tué. Il démontre que ce que l’on pense trop rapidement être de l’intelligence n’est finalement qu’une succession de barrières psychologique de défense.

Pour chaque cas, l’auteur explique avec force détails historiques et d’analyse médicale les symptômes de chaque déviance, les cas cliniques et aussi, parfois, les possibles guérisons et les possibles rechutent.

Premier cas : Le syndrome confusionnel : Hector, un homme décrit comme vieux, gros, sale qui croit qu’avec sa toute-puissance il peut se donner l’apparence d’une femme, belle, mince et propre. Il a tué sa femme de 26 coups de couteau et il la dévora durant sept jours. Son cas tourne autour du délire onirique et de la forme hallucinatoire. À la fabulation suit l’amnésie totale ou partielle.

Deuxième cas : Le syndrome démentiel : Diane invoque les Dieux, se masturbe dans le but de tomber enceinte afin de retrouver son enfant qu’elle a étouffé à sa naissance. Son cas porte sur la démence. Les troubles de la mémoire aident la perte de positionnement dans le temps présent et détériorent le raisonnement et le jugement des actes. Ces cas touchent les enfants comme les adultes (Alzheimer).

Troisième cas : Le déséquilibre psychique : Irish est un sociopathe, homosexuel et érotomane. Il a tué son psychiatre avec un coupe-papier. Son cas est intéressant, car la notion de « déséquilibré » se trouve être le contraire de « stabilité ». Un sujet est qualifié « d’équilibré » quand son comportement social, familial ou personnel s’accorde aux normes du groupe dans lequel il vit. Donc avoir un comportement de marginal mérite ou pas d’avoir le qualificatif de « folie moral » ? Dans certains cas, les troubles apparaissent à la jeunesse avec un manque de sentiment, une incompréhension des actes. D’autres symptômes aident à qualifier le sujet de déséquilibre : Le caractériel, l’impulsif, le mythomane, le pervers sexuel (si chère à Freud)... On ne peut dire que d’être homosexuel, menteur, irascible ou d’avoir un mauvais caractère fasse de vous obligatoirement un déséquilibré. Ce qui sépare l’immense majorité de Irish, c’est que ce dernier n’a jamais assumé ce qui il était avant de tuer dans un moment de folie. Une folie qui a eu le dessus sur une autre folie.

Quatrième cas : Les déficiences intellectuelles : Amed, 13 ans qui a un âge mental d’environ quatre ans. Il a noyé une fille de deux ans. Le chiffre est assommant. Il existerait en France plus de 10,5 millions de déficients intellectuels dont 4,3 millions de déficients mentaux. Une personne sur six en France peut recevoir le qualificatif peut reluisant de « débile, imbécile, idiot ». Ce ne sont plus des insultes mais bien des symptômes reconnus par la science. Il ne faut pas confondre celui qui dans sa jeunesse n’a pas eu la chance de recevoir une scolarité « normale » et celui qui de toute évidence ne pourras jamais rien apprendre, que cela soit de lire et de comprendre ce qu’il lit, de parler ou de construire des phrases logique, ou pire de se rendre aux toilettes... Les diagnostics sont nombreux et possibles dès la prime jeunesse. Mais il s’agit bien d’une maladie dont les chances de guérisons sont moindres voire inexistantes. La plus brutale et la plus visible étant la trisomie 21.

Cinquième cas : Les schizophrénies : Elle n’a pas tué mais elle à pousser au suicide. Tess a 45 ans et elle a une vingtaine de personnalité différente avec à chaque fois une voix et des mimiques différentes. Maman de cinq garçons, elle s’est prise pour leur petite amie et leur a imposé des relations sexuelles. Trois de ces fils se sont suicidés. Les troubles sont de l’ordre du dédoublement de la personnalité, de la discordance de la réalité et l’autisme sur la vérité, l’incohérence, le décalage et l’absurdité de la parole et de l’acte pour finir sur de l’inconsistant, du vide. C’est à ce moment-là que le schizophrène peut devenir dangereux, il comprend dans un éclair de lucidité qu’il est malade et que ceux qui sont en face de lui le savent, et sa folie reprenant le dessus il peut choisir de faire comme si lui-même n’avait rien compris, ou pire, il choisit d’éliminer ceux qui savent. Intervient donc alors le syndrome de persécution. Vivant dans notre monde mais dans une autre réalité les malades ont un ascendant naturel sur ceux qui lui sont dépendants ou qui choisissent de l’être. Les délires schizophréniques produisant des idées délirantes, le patient n’a plus de limites ni de contraintes d’ordre moral.

Ce livre se situe entre le traité de psychiatrie et de science grand public. Un peu difficile à comprendre en première lecture, il devient passionnant par le foisonnement de détails. Il est évident que si on commence la lecture d’un tel livre, c’est que le sujet intéresse, mais quel enrichissement personnel que d’apprendre ce que peut être la psychopathologie des criminels. On se sent plus « humain » plus « normal » puisque bien différents d’eux.

  • Steve Abadie-Rosier
  • Les Neurones Moteurs

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