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Mariée de force

dimanche 27 janvier 2008, par La Livrophile

Leïla commence son récit en racontant qu’on la marie de force, comme l’indique d’ailleurs le titre. Elle explique qu’elle est née en France, mais que ses parents sont marocains, et qu’ils ont gardé certaines traditions de là-bas, notamment la manière d’élever les enfants. C’est pour cela que son père la marie alors qu’elle s’y refuse. Ensuite, elle revient en arrière sur son enfance, son adolescence, ses révoltes (fugues, crises de nerfs, stratagèmes pour ne pas être la bonniche, transgression d’interdits exprès...), ses dépressions, l’incompréhension entre elle et ses parents, incompréhension due à une différence culturelle. Elle nous raconte tout cela, puis elle évoque plus longuement comment on l’a forcée à épouser Moussa. Elle explique aussi ce qui s’ensuit : la belle-mère acariâtre et possessive, le mari prisonnier de sa culture, profiteur, et sujet à des crises de violence... Et son fils, qui est la raison de sa survie. On a fait pas mal de publicité pour ce livre. Celle dont je me souviens, est malheureusement très racoleuse. Elle passait à la radio. Un type à la voix très grave, dit : "Mariée de force !" sur un ton dramatique qui ne prend pas vraiment tant il est exagéré. Ensuite, il dit des phrases comme : "A vingt-et-un ans, Leïla a été donnée à un homme qui avait le double de son âge." Je ne suis pas contre la publicité qu’on pourrait faire à ce livre, mais la publicité trop racoleuse ne me plaît pas. On dirait qu’on perd le but véritable du livre : nous faire découvrir l’horreur d’un mariage forcé, d’une éducation rétrograde dans notre pays au vingt-et-unième siècle. Car j’ai envie de croire que c’est le but du livre... Enfin, oui, je sais, le but, c’est de vendre, d’où la publicité racoleuse qui joue sur le fait que nous sommes des voyeurs. Le message est le suivant : venez lire l’histoire de la malheureuse Leïla, vous en aurez pour votre argent. Je trouve que jouer sur notre voyeurisme fait perdre de vue l’horreur de la situation de Leïla. Mais si cela sensibilise les gens au problème, pourquoi ne pas y arriver en passant par le côté voyeur de chacun ? Ce livre est un témoignage du genre de "Jamais sans ma fille" de Betty Mahmoody, ou de "Brûlée vive" de Souad. Tous ces témoignages, bien que promus d’une manière spectaculaire, et un peu agaçante, doivent être entendus. Je pense que cette histoire est importante. Ce n’est pas de la grande littérature, mais c’est un témoignage qu’il faut écouter. Leïla, c’est un exemple de toutes ces filles qu’on élève dans la soumission, et qu’on marie de force. Son histoire est gênante. "Comment ! En France ! Ca n’arrive pas en France, ça n’arrive que dans les pays orientaux !", pourrions-nous nous dire. L’histoire de Leïla montre que rien n’est manichéen. Certes, cela lui est arrivé parce que ses parents sont d’une autre culture, mais il faut savoir que ce genre de choses arrive encore ici.

De plus, Leïla dépasse ce problème culturel et clame qu’elle aime ses parents. Ils n’ont pas su se comprendre, mais à la fin du livre, elle explique que chacun a avancé, que chacun a progressé, et qu’elle comprend bien que son père n’est pas seulement un homme violent qui tape sur tout et sur tous. Elle comprend que ses parents sont poussés par le désir, le souci, et la certitude de bien faire.

Bien entendu, le récit de Leïla nous pousse à réfléchir, et touche le lecteur, surtout la lectrice, qui se met à la place de cette jeune fille, ballottée entre deux cultures, essayant de se révolter, pas toujours de la bonne manière, mais ne connaissant pas la bonne façon de le faire. Cette jeune fille qui ne peut pas communiquer avec ses parents, qui ne comprennent pas qu’elle ne veuille pas rentrer dans le moule, qui ne comprennent pas ses dépressions, qui la croient possédée et l’emmènent voir un imam qui profite des croyances de ses parents pour la tripoter, alors qu’elle aurait besoin de parler, de s’expliquer avec ses parents. En outre, il semblerait qu’écrire ce livre (du moins, raconter ses souvenirs à quelqu’un qui a rédigé le texte), lui ait fait du bien, l’ait aidée à comprendre des choses sur elle-même et ses parents, lui ait montré qu’on la comprenait, qu’on la soutenait. Ce témoignage est donc bénéfique pour elle, en plus de nous rappeler que ça existe. La fin est un triomphe, un espoir, parce que Leïla est sur le chemin de la guérison, elle reconstruit sa vie lentement, mais sûrement, et on ne peut que louer son courage et sa persévérance. Je sais, je vous ai dit un peu la fin, mais je pense que ce n’est pas si grave, parce qu’on peut se douter que si Leïla a eu la possibilité de témoigner, cela veut dire qu’elle a été aidée, prise en charge, et donc, qu’elle est dans une meilleure situation, non ?

  • Leïla
  • Oh ! Editions

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