Critiques littéraires de livres et BD, actualités de la lecture

Accueil > Critiques > Fantastique / Science-fiction > May le monde

May le monde

mercredi 1er septembre 2010, par François Membre

Une couverture métallisée avec de petits carrés argentés, c’est Ailleurs et Demain qui nous revient aussi beau qu’il y a trente ans mais c’est aussi et surtout un nom d’auteur qui nous replonge dans un temps incertain où nous étions plus jeune. Michel Jeury, ce singe du temps où des soleils chauds brillaient pour les poissons des profondeurs, Michel Jeury revient à la S.-F.

Une œuvre personnelle

Vingt ans après une absence consacrée au roman paysan, l’un des auteurs les plus imaginatifs et les plus marquants de la science-fiction française retrouve ses premières amours pour, une nouvelle fois, en casser les moules et renverse les règles. " Ecriveur" de science-fiction, Michel Jeury est un sculpteur de phrases, dans May le monde, il est aussi forgeur de mots. Néologismes, inventions, à-peu-près, raccourcis abrupts... l’on trouve de tout dans cette langue étrange et musicale que l’auteur crée au fil des pages. « (...) une baffe sur le museau, Roussette a jouflé son morpi (p.100). » Invention que ce « jouflé » mais combien expressif et sonore dans sa rondeur imagée.

On l’aura compris, ce roman est une œuvre personnelle qui ne ressemble à aucune autre. Tout d’abord, la langue. Jeury bouscule le langage, ce n’est pas du français classique. Ça y ressemble mais c’est la langue d’un autre monde d’un monde qui n’est pas le nôtre ou pas tout à fait...

May, une fillette de dix ans est peut-être en train de mourir d’un cancer. Autour d’elle, des personnages peut-être chargés de la soigner, de l’accompagner, de l’égayer. Et d’autres encore qui semblent venir d’autres univers et qui traversent la scène presque sans y intervenir. Tous ces personnages ont la faculté de passer d’un monde à l’autre, voire de créer des mondes, la faculté de changer... May le monde est peut-être le monde que la petite May mourante est en train de se créer pour y vivre (qui sait ?) à jamais. Œuvre personnelle qui ne ressemble à aucune autre, May le monde l’est aussi et peut être surtout par le récit et le ton employé. Une trame narrative saccadée, hachée, au fil des chapitres, on virevolte entre divers protagonistes que l’on n’identifie pas toujours au premier coup, c’est normal, le monde, les personnages changent mais tout reste uni grâce au Grand Lien.

Le testament de Jeury ?

Récit étrange May le monde est assurément de la science-fiction et de la bonne ! mais c’est aussi une œuvre complexe et ambitieuse qui n’est pas à conseiller pour un lecteur qui n’a pas l’habitude de fréquenter le genre. Les autres y trouveront avec plaisir l’empreinte d’un grand écrivain qui n’hésite pas à prendre ses lecteurs à contre-pied. Si Michel Jeury évacue la quincaillerie classique de la S.-F. (pas de vaisseau spatial, pas d’extraterrestre), il reste néanmoins classique et s’approprie des thèmes déjà rencontrés ailleurs.

Il n’en demeure pas moins qu’à la fin de cet ouvrage, Michel Jeury pose des questions et n’y répond pas. Ainsi la création des mondes à partir de l’esprit d’un mourant sont-elles de simples hallucinations que certains pourraient comparer à un tunnel de lumière ou sont-elles de véritables mondes en gésine ? Qu’en est-il de l’écoulement du temps ? Si le temps qui s’éternise au sein d’un univers infini est un thème déjà vu et que certains expliquent par la théorie des cordes et celle de la relativité, s’agit-il bien de cela ou n’est-ce qu’une impression ? Selon que le lecteur opte pour une explication ou une autre nous avons un livre optimiste ou noir...

Enfin, dans sa préface, l’auteur se cite : « Tu seras une infingie de mondes (...). Et une infinade de mondes contient chacun de nous. Et chacun de nous contient une infinitude de mondes ! » Une « infinitude » de mondes est contenue en chacun de nous. Superbe idée, alors si Michel Jeury annonce que ce livre pourrait être son "testament", cela se fera dans une autre « brane » et ne nous empêchera pas de continuer à découvrir de nouvelles nouveautés de sa main sous la couverture métallisée. J’adore cette idée !

May le monde

Michel Jeury

Robert Laffont, Ailleurs & Demain

408 pages, 22 €

  • Michel Jeury
  • Ropbert Laffont, collection Ailleurs & Demain

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?