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Média-paranoûa

dimanche 29 mars 2009, par Thibault Bonnafoux

« La média-paranoïa est la pathologie de la critique des médias ». Dans ce réquisitoire, le directeur de la publication et de la rédaction de Libération part en guerre contre ceux qui affirment que les médias mentent, que les médias sont sous contrôle, que les médias propagent une pensée unique ou encore que les médias manipulent l’opinion. D’ailleurs les a priori sont nombreux lorsque l’on sait que plus de 61% des Français jugent que les journalistes ne sont pas indépendants face aux pressions du pouvoir et de l’argent. Leur opinion s’est même dégradée en un an. L’auteur renverse une à une les thèses anti-médias comme notamment lorsqu’il réfute l’argument selon lequel la presse en France est entravé et restreinte au niveau du choix avec l’exemple du kiosque à journaux (de l’Humanité à Présent) de la bande FM (de Beur FM à Radio Courtoisie) ou des programmes de télévision (de M6 à Arte). S’il précise que les médias saturent l’espace public, il n’oublie pas de rappeler que « l’opinion n’est certainement pas cette page blanche sur laquelle les journalistes peuvent écrire ce qu’ils veulent ». De nombreux exemples dans l’histoire Française comme récemment le Non à la Constitution Européenne tendent à montrer que mêmes lorsque la plupart des grands médias favorisent un parti, une idée, cela ne se répercute pas inéluctablement sur les résultats. Malgré les erreurs qui amoindrissent le sérieux et la popularité des médias, l’écrivain n’hésite pas à rappeler que celles-ci sont souvent minimes et que la vérité n’est jamais loin. Il critique également certains journalistes qui se moquant de la déontologie, renforce ainsi les dénonciateurs de la dépendance économique, politique, sociétale des médias. Cet essai permet également de mieux comprendre l’environnement des médias et des rédactions. Néanmoins pour ceux qui rêvent aujourd’hui d’exercer le métier de journaliste, il reste un beau combat à livrer (comme le dit Joffrin dans une partie de sa conclusion) :

« L’indépendance de l’information n’est pas un rêve perdu, pas plus qu’une réalité tangible sur laquelle on pourrait se reposer comme sur des lauriers. Elle est un combat. Un combat qui doit d’abord être livré par la profession elle-même. On l’aura compris à la lecture de ce court texte : c’est la culture journalistique française qui est d’abord en cause, plus que les menées maléfiques du grand capital, la « connivence » avec les hommes politiques ou les conformismes de « la pensée unique ». En oubliant trop souvent ses propres règles, en manquant de vigilance, en négligeant ses propres institutions, le journalisme français a commis trop d’erreurs, entamé le respect du public et provoqué l’apparition de la média paranoïa. »

  • Laurent Geoffrin
  • Seuil

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