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Mohicans

mercredi 20 janvier 2016, par Georges Fernandes

Denis Robert commence en nous disant qu’il a énormément réfléchit sur l’intérêt du livre en lui-même. En effet l’auteur a la crainte que le lecteur puisse voir dans le texte une contre-attaque contre des personnalités avec qui il est ou il a été en conflit. C’est une crainte justifiée car à la lecture il paraît vraiment évident que nous avons là un règlement de comptes et de par ce fait l’auteur ne peut pas avoir le recul suffisant pour mettre en lumière et en valeur les événements du sujet central, Charlie Hebdo.
Denis Robert nous explique dans les lignes que Choron a perdu son procès contre les repreneurs du titre Charlie Hebdo uniquement par la mise à la disposition à la justice de documents signés de la main des « anciens » de Charlie qui par la suite ont tous dit que le contenu était faux. Ils voulaient, disent-ils, Juste pouvoir travailler… Même Cavanna aurait menti à la justice contre son vieil ami Choron qui ne voulait pas vendre son journal à un mec comme Val. L’ancien Charlie, c’était le pouvoir de dire merde à tout le monde, c’était la vraie liberté sans censure externe ni interne. Le nouveau Charlie, celui de Val, c’était la recherche du profit, de la reconnaissance dans les médias … En cela rien de grave. Les deux Charlie sont représentatifs de leurs époques et celle des années 90 est la période où les valeurs laissent la place à la finance. C’est cela que Choron avait compris bien avant les autres et c’est cela que Cavanna à pointer du doigt par la suite mais bien trop tard.
Le texte n’est qu’une suite de reproches contre Val et l’avocat du journal Richard Malka.
Pourtant, même si un sentiment d’escroquerie est présent dans le livre, il m’est impossible de dire ni d’écrire que je suis d’accord avec Denis Robert. On reproche à Val d’avoir donné à Cavanna un pourcentage minimum sur les ventes, mais il a dit oui, même si après il a regretté, on reproche à Val d’avoir créé une société immobilière pour les bureaux de Charlie, mais c’était son argent et il a parfaitement le droit de l’utiliser comme il en a envie. On lui reproche d’avoir viré Siné pour des mauvaises raisons, mais Val a le droit aussi d’être un mauvais patron et de faire des erreurs. On lui reproche d’avoir partagé avec Cabu presque un million d’euros suite aux ventes du numéro avec les caricatures du prophète. Et alors c’est parfaitement légal. L’auteur essaye de nous faire comprendre que le nouveau Charlie est une escroquerie, un journal qui ne respecte pas les principes idéologiques de l’ancien Charlie. C’est certainement vrai, il y a eu tromperie. Et c’est en cela que Val est coupable mais cela n’est pas punissable par la justice mais uniquement par les lecteurs. Cavanna et les autres ont servi de caution morale et cela à fonctionner. Ensuite dire que le journal de Val était mauvais et avancer comme preuve que les ventes ont chuté c’est aussi oublié que c’est toute la presse écrite Française qui est touchée par la perte des lecteurs, même s’il est vrai que suite au départ de Siné et de la création de son propre journal la chute fut encore plus importante. On reproche à Val des éditos trop politique, des prises de positions hors cadre de l’ancien Charlie, oui et alors . En sa qualité de directeur et de propriétaire du journal il était en droit de faire ce qu’il voulait comme les auteurs étaient eux aussi en droit de ne pas être d’accord et de partir.
Ce livre est encore une fois un constat de reproches inadéquats qui ont l’odeur des poubelles. Pourquoi écrire que Val fut un intime proche d’un frère pédophile ? En quoi son amitié peut-il lui être reproché envers une personne à partir du moment qu’il ignore son comportement intime ? Et que dire du sentiment qui ressort envers Cabu, notre grand duduche national. Cabu et Val étaient associés et à ce titre il devrait être un coresponsable cynique car il a tout vu tout su et peut-être rien ne dit ni rien fait. Mais si, Cabu a fait ce qu’il croyait être bien pour lui, pour sa famille, pour son travail, pour son journal, car le nouveau Charlie était aussi à lui. Pourquoi ce sentiment que Cabu était avec Val le premier des salops ? Ce que l’on reproche à l’un est valable à l’autre. Val peut se défendre il est en vie, Cabu non. Choron disant que l’on n’a rien à foutre des morts, peut-être pour ceux qui sont morts dans leurs lits de vieillesse ou de maladie. Cabu et d’autres sont morts sous les balles… Et voila qu’au détour d’une ligne on fait sous-entendre que Val est responsable, coupable de la mort des Charlie !
Trop c’est trop, non je n’aime pas Val, pourquoi je ne sais pas, mais non je n’aime pas non plus Denis Robert et je sais pourquoi.
Comme le disait si bien Georges Choron : va te faire foutre petit con !

Mohicans

  • Denis Robert
  • Julliard
  • 306 pages
  • 19.50 €
  • 2260029019

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