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Mutilée

vendredi 15 février 2008, par La Livrophile

Khady est sénégalaise. Elle nous raconte son enfance, entourée de sa famille qu’elle aime profondément. Un jour, à sept ans, elle vit quelque chose qui l’affectera pour toute sa vie. A ce moment-là, elle ne le sait pas encore. Elle vit un traumatisme, mais elle s’efforce de l’oublier, sans savoir qu’il ressurgira. En effet, à sept ans, Khady est excisée, comme le veut la coutume, coutume respectée par sa famille. Plus tard, elle épouse un homme qu’elle connaît à peine. Celui-ci habite à Paris, et l’y fait venir. L’existence de Khady sera bien terne : il semble qu’aux yeux de son mari, elle ne soit bonne qu’à être engrossée tous les ans, afin qu’il touche les allocations familiales.

Mais Khady ne veut pas de cette vie. Elle veut travailler, acquérir son indépendance. Et surtout, elle ne veut plus de rapports sexuels avec un homme qu’elle n’aime pas, et qui la voit plus comme un objet que comme un être humain. En outre, à cause de l’excision, chaque rapport est une torture pour elle. Khady Koita se bat depuis longtemps pour que l’excision et l’infibulation soient définitivement bannies. Ce qu’elle ne savait pas à sept ans, qu’elle entrevoyait à peine, elle le sait aujourd’hui : cette coutume n’a aucune raison d’être. Elle traumatise l’enfant qui en est victime, elle cause d’atroces douleurs tout au long de la vie, elle empêche les femmes de ressentir du plaisir, et souvent même, occasionne des douleurs lors des rapports. C’est un acte néfaste, qui, dans le meilleur des cas, blesse moralement et physiquement la fillette pour toute sa vie, et dans le pire, la tue.

Khady dénonce certains médecins (surtout une gynécologue) qui osent dire qu’il faut laisser la coutume se perpétrer. Que des médecins et des gynécologues ayant forcément étudié ce que cela pouvait avoir de néfaste osent dire qu’il faut laisser faire, c’est proprement scandaleux ! Khady dénonce tout cela.

De plus, elle nous informe. Elle explique les différents degrés de mutilation de l’excision... En effet, il y a aussi l’infibulation qui est encore plus douloureuse et mortelle. Khady nous raconte tout cela en détails. D’abord, elle relate sa propre excision. Et plus loin, elle détaille l’infibulation. Même pour nous, qui sommes informés, (enfin, ce n’est visiblement pas le cas de tous, lorsqu’on lit certains propos de gens soi-disant informés rapportés par Khady), il est bon de rappeler cela, de montrer l’horreur de la blessure morale et physique.

Khady nous raconte également tout le chemin qu’elle a parcouru pour en arriver là. Elle s’est battue, s’est révoltée. Il lui a fallu beaucoup de force de caractère pour affronter son mari, qui voulait la confiner au rang de poule pondeuse. Elle souligne d’ailleurs qu’en Afrique, la femme n’est pas traitée ainsi, contrairement à ce que certains pourraient croire. Bien sûr, il y a la polygamie, mais la femme a son indépendance. Elle peut travailler, et ne doit pas remettre chaque sou gagné à son mari. Le livre et son sujet peuvent paraître mélodramatiques et rebattus, mais il n’en n’est rien. Ce témoignage doit être lu et connu, à mon avis.

  • Khady Koita
  • Oh ! Editions

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