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Salammbô

jeudi 9 décembre 2010, par François Membre

Pendant la première guerre punique qui oppose Rome à Carthage, les mercenaires employés par cette dernière ne sont plus payés. Mourir pour des idées ? Pas d’accord ! Ils vont se rebeller contre leur employeur et tenter de se payer sur la bête. Lors d’une expédition, deux des chefs barbares vont rencontrer la belle Salammbô (fille d’un des chefs carthaginois) et en tomber amoureux. La guerre qui va se poursuivre entre la cité impériale et ses anciens mercenaires va prendre dès lors un sentier où les sentiments humains comme l’orgueil, la passion ou le désir vont l’emporter sur la réflexion politique.

Epique et échevelé, le roman de Flaubert respectait autant que possible le peu d’histoire, qu’à son époque, on connaissait de cette période. Bouchant les trous, il en avait profité pour décrire un Orient à l’exotisme sensuel et violent. Une façon comme une autre d’appliquer la sentence d’Alexandre Dumas « Il est permis de violer l’histoire, à condition de lui faire un enfant ». Cette image d’un Orient à l’exotisme sensuel et violent colle encore à la peau de cette partie du monde. Il n’est que de souvenir des célèbres Cigares du pharaon de Hergé où, lors du tournage d’un film, une scène montre une femme fouettée... du cinéma, bien sûr mais l’idée est là.

En s’emparant de ce récit, à la fin des années 70, pour Métal Hurlant d’abord puis Pilote ensuite, Philippe Druillet transposa facilement le roman un peu kitsch en un récit de science-fiction ultra moderne, bouillonnant de vitalité et de puissance.

Mais surtout Druillet attira sur son travail l’attention des critiques. Sa façon de travailler rejetait d’office toutes les règles qui codifiaient le genre. Il jetait aux orties les sacro-saints trois ou quatre strips de trois ou quatre vignettes sagement alignée en rang d’oignons qui constituaient traditionnellement une planche de BD classique. En explosant ses dessins pour occuper toute une planche avec une seule image Druillet violait consciencieusement toutes les règles graphiques préexistantes. Il accouchait, semaine après semaine d’une œuvre marquante, d’une œuvre capitale de la bande dessinée moderne. Le dessin de Philippe Druillet est dense, fouillé, coloré et démesuré. Chaque planche multiplie les détails d’une précision incroyables et s’impose comme une œuvre finie en elle-même. Si les BD de Druillet sont à lire, elles sont aussi à contempler (parfois avec une loupe), un peu à la façon des tableaux de Dali. Salammbô est un ouvrage indispensable à tout amateur éclairé de BD et cette réédition vient à point pour rappeler le talent de ce dessinateur que l’on ne voit plus guère, en tout cas pas assez.

Les passionnés de Druillet et de son œuvre dévoreront également Salammbô les nus, cet ouvrage, album frère de la BD, reproduit les 42 peintures que l’auteur réalisa, en 2009, sur le thème de sa célèbre héroïne. C’est en pleine pages que ces portraits de femmes sont montrés en alternance avec le texte de Gustave Flaubert. Un livre qui montre l’extraordinaire flamboyance et la maîtrise d’un dessinateur qui a imposé la BD comme un art complet.

Salammbô, Philippe Druillet et Gustave Flaubert. Editions Drugstore, ISBN :978-2-7234-7991-2, 192 pages, 35.00 €

Salammbô les nus, Philippe Druillet et Gustave Flaubert. Editions Drugstore, ISBN :978-2-7234-7844-1, 92 pages, 30 euros

  • Philippe Druillet, Gustave Flaubert
  • Drugstore/Glénat

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