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Un diamant brut - Vézelay-Paris 1938-1950

vendredi 18 juillet 2008, par Sarah Chelly

"Un diamant brut", mais à qui cela peut -il bien faire référence ? On ne peut s’empêcher de penser que l’on va avoir à faire à une histoire un peu hors du commun. Eh bien on ne va pas être déçu. Préparez vous à découvrir la vie d’Yvette Szczupak-Thomas.

Au premier abord, la biographie de cette femme raconte son enfance, jusqu’à sa majorité. Fille de l’assistance, elle est transportée de famille d’accueil en famille d’accueil. La petite fille va vivre un parcours qui va influencer toute son histoire, entre la campagne des années trente et le Paris plongé en plein milieu de la deuxième guerre mondiale.

Au cours de ses premières années, elle est élevée par maman Blanche. Quoi de mieux que ce prénom pour caractériser cette femme ! Ce pilier lui apporte un amour qu’elle n’oubliera jamais. Elle lui apprend le respect des autres, mais surtout le respect d’elle même. La vie va malheureusement les éloigner, car l’enfant sera arrachée à cette mère de cœur pour intégrer un autre foyer au sien duquel elle vivra l’enfer, maltraitée, exploitée et battue par des patrons sans scrupules.

Puis elle est recueillie par maman Phrasie et Gustave : ils la récupèrent alors qu’elle a environ douze ans. Ce sont des gens profondément bons, qui vont l’aimer comme leur propre fille et lui donner tout ce qu’ils peuvent. Mais ce sont des paysans qui ont aussi leurs limites, ils ont bien conscience qu’elle vaut plus que ce qu’ils ne pourront jamais lui apporter.

C’est pourquoi vers l’âge de treize ans, ils acceptent de se séparer d’elle... pour la faire adopter par les Zervos, (qui vont s’avérer être plus des zéros que des Zervos), riche couple parisien, qui vont radicalement changer sa vie. Fini la campagne, elle va être plongée en pleine guerre dans le monde bourgeois de l’intelligentsia parisienne et va y côtoyer Picasso, Eluard, Braque, ou encore René Char.

On parcourt donc avec Yvette les différentes étapes de sa jeunesse. Son style peut se définir comme intimiste et personnel. La petite fille devenue femme raconte son histoire à travers ses yeux d’enfant et la façon dont elle a vécu les situations à l’époque, tantôt de façon innocente, tantôt de façon cruellement réaliste.

Diablement intelligente, elle invente des mots, des jeux de mots, et des expressions. Elle possède une maturité incroyable pour son âge, car elle se rend compte de choses assez profondes alors qu’elle est encore très jeune. On comprend mieux pourquoi elle représente un " diamant brut " aux yeux de ses parents adoptifs.

Elle s’invente des " grandes sœurs " et " petites sœurs", pour analyser les multiples facettes de sa personnalité et les tiraillements intérieurs dont elle est l’objet à cause de son histoire.

A la fin du livre, elle décide de s’enfuir pour échapper aux Zervos, le tournant de sa vie est sans conteste sa rencontre avec son futur mari, et son voyage à Jérusalem.

Le récit s’arrête à sa majorité, ce qui correspond à la fin de son statut de pupille.

Cette histoire d’une enfance met donc en exergue les problèmes de l’adoption : est-ce vraiment un pur acte d’altruisme ? Comment expliquer les motivations qui poussent les gens à cette démarche ?

En tous cas, on appréciera ce roman intéressant, dont les personnages deviennent vite attachants. On en découvrira les trésors au fur et à mesure de notre lecture, et on ne regrettera pas que l’héroïne ait sorti ses écrits de ses tiroirs pour les faire publier.

  • Yvette Szczupak-Thomas.
  • Éditions Métailié

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