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Un drôle d’héritage

mardi 1er avril 2008, par La Livrophile

Dorothy Gallagher est issue d’une famille juive, émigrée d’Ukraine. Sa famille fait partie de ces personnes originaires de pays pauvres, venues aux Etats-Unis en espérant que la chance leur sourirait. Dorothy évoque ici certains membres de sa famille, afin de les expliquer, et peut-être aussi de mieux les comprendre. Elle commence par ses parents. Elle choisit de décrire d’abord leur vieillesse. Son père était tellement pingre qu’il avait fini par couper le chauffe-eau. Parallèlement, il se faisait escroquer par un certain Roy, qui prétendait qu’il investissait son argent dans la construction d’immeubles. Cela rapporterait énormément, assurait Roy. Dorothy mettra bon ordre à ce commerce, Roy étant en train de ruiner son père, et de déposséder ses descendants.Ensuite, elle évoque d’autres parents, dont un cousin qui a laissé un manuscrit contant brièvement sa vie, manuscrit que Dorothy insèrera dans son texte.

Le texte démarre très fort. La description de la pingrerie du père de Dorothy est, à mon avis, un moment très important. Elle plante son décor familial. Ce qu’elle évoque est tellement bien décrit qu’elle réussit à nous faire rire d’une situation dramatique, en en montrant tout le grotesque. En effet, son père coupe le chauffe-eau, renvoie toutes les femmes de ménage qu’engage Dorothy, et refuse qu’une infirmière vienne soigner sa femme, assurant qu’elle n’est pas malade. Il est pourtant flagrant qu’elle a besoin de soins : elle ne tient pas sur ses jambes. A peine essaie-t-elle de marcher qu’elle tombe. Et là, nous avons un passage terrible où le père affirme que sa femme ne tombe pas. Et elle, qui vient de s’écrouler et qui a mis plusieurs minutes à se relever, de renchérir qu’elle ne tombe pas, avant de s’effondrer par terre. Cette scène m’a donné le fou rire. La mauvaise foi, le refus d’être guéri ou d’avoir une vie plus facile au service de la pingrerie ! La mère qui pousse la servilité jusqu’à nier qu’elle a besoin de soins ! Tout cela arrive parce que le père a passé sa vie à travailler durement, alors que pour lui, comme pour beaucoup, les Etats-Unis, c’était l’Eldorado. Donc, en surface, cette pingrerie fait rire, et lorsqu’on en connaît les raisons, elle donne envie de pleurer.Tout le livre est bâti sur cette espèce d’entremêlement du rire et des larmes. Le début représente bien la suite du livre. Ce début est quand même plus marquant que le reste de l’ouvrage. La suite s’essouffle un peu, elle est un peu tiède par rapport au début. Malgré cela, cette histoire est agréable à lire. On prend plaisir à découvrir cette famille qui passe par les aléas de la vie, dont les membres sont tour à tour acides et fragiles. On apprend les rancoeurs qui ont opposé la mère de Dorothy et ses tantes. L’une de ses tantes n’a pas digéré ce qui s’est passé lorsqu’elle était très jeune. Elle le ressasse, et en souffre toujours. Là encore, on rie un peu de cette façon acerbe et aigrie qu’elle a d’en parler, mais on a pitié de cette femme dont la vie a été marquée dès l’enfance, et qui s’est toujours sentie rejetée par sa famille. Elle illustre bien le fait que ce qui se passe dans l’enfance suit la personne toute sa vie.C’est un livre juste, qui, à travers une famille à la fois particulière et commune, avec les drames personnels de chacun, les façons de faire de chacun, nous offre un éventail de gens simples et attachants. C’est un livre qui montre avec justesse que chaque histoire est toujours la même histoire, tout en se différenciant.

  • Dorothy Gallagher
  • Autrement

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