Critiques littéraires de livres et BD, actualités de la lecture

Accueil > Critiques > Romans > Vous me direz au crépuscule

Vous me direz au crépuscule

mercredi 12 octobre 2011, par François Membre

Rédigeant une thèse sur le suicide à répétition au sein d’une même famille, Hortense Zemina engage Claire comme assistante. Pour ses travaux, la vieille dame a choisi de faire retraite dans un couvent qui fait hôtellerie. Des étudiants, des religieuses et un perroquet complètent la galerie de personnages qui rappelle que le monde existe hors les murs.

Portée par la vieille dame, cette thèse conçue sous un aspect clinique et immatériel va prendre une tournure personnelle quand Claire, qui ne se contente pas de la mettre en page sur l’ordinateur, va s’y plonger faisant remarquer que quelqu’un est en danger. Qui est en danger ? Hortense, cette gentille vieille dame ? Quelqu’un de sa famille ? Claire ne le sait pas. Par le jeu des conversations les deux femmes nouent une relation singulière faite de paroles et de non dit. Des silences qui parfois sont plus tumultueux que des bien cris bruyants.

Muets ou loquaces, les échanges entre les deux femmes façonnent une atmosphère étrange à la fois pesante et complice où le lecteur se laisse prendre, captivé comme un éphémère attiré par une lumière dans la nuit. Comme les deux femmes sont attirées par la connaissance de ce qui est la vie de l’autre. Des photos jaunies évoquent le passé heureux d’Hortense alors que Claire ne correspond pas avec sa famille.

Danger ? Mystère ? Si le récit laisse planer des ombres sur les deux héroïnes, l’on ne peut qu’apprécier le style de Yasmine Khlat qui nous donne presque un poème en prose. Les mots, l’enchaînement des phrases sont choisis avec un sens du rythme et de l’image particulièrement séduisant.

Avec ses descriptions riches d’images et de senteurs, si cela avait un quelconque sens, cet ouvrage pourrait remettre sur le tapis la vieille question de l’existence du roman féminin. Les femmes ont-elles une écriture plus sensible que les hommes qui, gavés de testostérone, seraient plus brutaux ? Question stupide s’il en est ! Les auteures donnent des polars aussi sanglants que ceux de leurs confrères masculins. "Vous me direz au crépuscule" n’est pas un roman de dame. Certes, on pourrait le qualifier de statique, mais l’action est intérieure, œuvre toute en finesse et psychologie, c’est le roman d’un écrivain sensible qui a des choses à dire.

Vous me direz au crépuscule

Yasmine Khlat

Editions de la Revue Phénicienne

112 pages

18 €

  • Yasmine Khlat
  • Editions de la Revue Phénicienne

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?