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CRITIQUES BD

Alex Mackay jouissait d’une petite vie ordinaire sans grande envergure, juste un petit bateau sur la grande rivière de la vie, voguant sans aléas. À la mort de son grand-père, chargé de récupérer les affaires du vieil homme, il tombe sur une photo de cet être brisé à la vie fragile, en compagnie d’une jolie blonde. Il n’en faut pas plus pour le lancer sur la piste de cette inconnue. Elle rejoint peut-être la silhouette sous l’arbre de ses rêves au bout de la plage. La petite vie sans histoire explose, se fractionne et se mélange entre l’enquête pour retrouver la jolie blonde, un aide-soignant au poing agressif et les lambeaux de songe le transportant dans un autre univers. Peu à peu, en remontant le courant comme les saumons vers la terre des origines, il ouvre des portes de la perception qui ravivent comme les braises mourantes en un feu de joie qui brûle sa nouvelle vie. Tout s’effiloche, perd ses formes, comme si le maitre de leur destinée effaçait leur visage au fur et à mesure. Sa fiancée s’enfuit et le renvoie à cet être qui ne prend jamais part aux choses, oublie-les, je t’aime… À la fin, quand vient le temps des réponses, il n’est pas certain qu’elles conviennent à tout le monde ou qu’elles ne soient pas un éternel recommencement ?
Camerons Stewart propose un récit onirique, mélange de plusieurs genres et d’univers qui finissent par se télescoper. Le récit commence par la mort qui frappe comme un gong, le premier coup, sans prévenir. Alex vient voir son grand-père et découvre la triste nouvelle. Dans un deuxième temps, c’est l’enquête avec cette énigme. Qui est la jeune fille blonde sur la photo ? Nous basculons dans l’univers du roman noir avec violence et une vie banale qui explose. Le lecteur arpente encore la réalité, il suit des chemins balisés par d\’autres, avec rebondissements et questionnements. Puis peu à peu, avec un rêve étrange pour porte d’entrée, il pénètre sur d’autres territoires, ceux du rêve et de l’imaginaire. À partir de cet instant, la cohérence de l’histoire commence à perdre ses repères. Nous ne savons plus si nous nous trouvons dans la réalité, l’au-delà, un dessinateur et sa création, tout devient de l’ordre du possible. Des personnages nouveaux apparaissent et trouvent leur place dans la trame générale, créant des éléments de surprise. C’est parfois un peu déstabilisant, car nous avons l’impression que plusieurs idées se télescopent, comme une hésitation à donner un sens au récit. Le tout s’achève par une explication finale qui tente de donner du lien à l’ensemble. L’album recevra en 2010 l’Eisner Award du meilleur webcomic. Mon impression est celle d’une histoire qui s’écrit au fur et à mesure et parfois s’égare dans une piste pour finir par revenir vers l’idée générale d’un autre monde. Il manque un peu de cohérence narrative sur la fin. Cela donne l’impression que deux idées, l’une sur la création et l’autre sur l’imaginaire entrent en concurrence. Les souvenirs d’un méchant croquemitaine surgi de l’enfance rajoutent encore à déstabiliser le lecteur, dans le bon sens du terme. Malgré tout, l’album est excellent le dessin ligne claire au décor épuré, le trait précis, le choix d’un noir et blanc agrémenté de sépia comme sur les vieilles photos renforce l’idée d’un point temporel, une porte au cœur du temps.

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