Le livre en crise

Ce n’est que le début de la crise dans le monde du livre. Livre Hebdo nous informe que le marché du livre pour le premier semestre 2019 encaisse une chute de 6,3% par rapport à 2018.

Dans un contexte où le pouvoir d’achat diminue avec  en face une augmentation des factures de la vie de tous les jours comme l’électricité ou l’alimentation, c’est la partie « consommation culturelle » qui subit en premier les économies des ménages. Pour autant, les Français continuent à lire, comme le prouve l’affluence du public dans les librairies d’occasion.  Dans ce contexte de réduction des ventes, les grands éditeurs ont des inquiétudes concernant la rentrée de septembre. Ceux qui ont fait le choix de moins produire verront certainement une perte du chiffre d’affaire. Ceux qui, au contraire, veulent remplir les tables des libraires, vont voir une baisse du volume des ventes et certainement une réduction des bénéfices. Dans les deux cas, cela va faire très mal à toute la chaîne du livre, avec au bout de la ligne des auteurs qui risquent de ne plus rien comprendre ni rien recevoir…

La machine culturelle est en panne, faute d’argent dans la poche du public…

Important recul des ventes en 2018

L’année 2018 a été une mauvaise année en terme de vente pour les éditeurs.

Le nombre des exemplaires vendus pour 2018 est de 44961467 contre 50225000 en 2017, soit une perte de 10%.

Le chiffre d’affaire des éditeurs est en 2018 de 609920019 euros contre 682969400 euros en 2017 soit une perte de 11%

Les répercussions sont d’autant plus importante pour les auteurs que nous avons une augmentation du nombre d’ouvrages différents vendus avec une baisse de moyenne de vente par livres. En clair les Français achètent moins et ne lisent pas tous la même chose, c’est qui est une bonne nouvelle même si cela n’empêche pas Guillaume Musso d’être deux fois dans le 5 des meilleurs ventes.

Le monde de la BD/Manga est aussi sérieusement en perte de vitesse avec une perte de 20% des ventes en 2018 et un chiffre d’affaires réduit de 18%.

Le plus grand gadin est pour la Jeunesse Fiction avec une perte de chiffre d’affaires de 36%.

Alors on peut ce focaliser sur le Top 50 des meilleurs ventes, écrire que le recul n’est pas si grave même si il est important… Cela ne change pas le fait que se sont les auteurs les premières victimes. Moins de vente produit mois de droits d’auteurs. Les victimes suivantes sont les lecteurs qui n’ont plus la possibilité de faire l’achat des livres faute à un pouvoir d’achat en baisse. Il serait intéressant d’avoir un jour une analyse sur l’augmentation des prix de ventes des livres. Ce n’est pas par hasard que la vente des livres de poche augmente de 1% en 2018. Quels sont les éditeurs qui peuvent amortir une si grande perte d’entrée d’argent? Combien d’ouvrages prévus pour 2019 vont être retardé ou simplement annuler?

2019 va être une année clé, soit d’une baisse de production soit d’une fuite en avant qui ne produira que des faillites/rachats d’éditeurs et une forte perte de revenus pour les auteurs. Nous pouvons déjà dire qu’il semble que le mois de janvier 2019 va être mauvais…

Quand ils disent (parfois) des bêtises …

Mélanie le Saux fait le tour des médias en disant que « Si cet ouvrage gagne le prix Renaudot, les libraires se verront contraints de le commander chez leur concurrent… qui se targue d’éradiquer toutes les librairies, puis les éditeurs, pour avoir le monopole du circuit du livre… ». C’est une bêtise car les libraires ne peuvent pas faire une commande fournisseur avec Amazon, il n’existe pas de passerelle entre eux. Rien n’interdit aux membres du jury Renaudot de mettre dans la sélection un livre auto-édité, peut importe quel est le site de vente, seul prime la qualité du texte.  La perte de sa librairie avec comme raison la concurrence d’Amazon lui fait peut-être perdre le sens des réalités…

Denis Bajram avance plusieurs vérités qui n’en sont pas obligatoirement. Il dit que « les coûts de fabrication ont baissé avec l’impression numérique » C’est vrai pour les petits tirages mais on tourne en numérique autour de trois euros pour 100 exemplaires quand avec le offset on passe sous la barre de un euro pour plus de 1000 exemplaires. Ce sont les petits tirages en offset qui sont hors de prix… Il dit aussi «  les sites de vente permettent une diffusion directe » c’est vrai mais ensuite il faut rajouter le prix de la poste et surtout une diffusion directe ne garantit en rien une vente, rien ne vaut la présence du livre sur la table du libraire… Pour finir il dit « les réseaux sociaux remplacent les médias » là nous sommes dans le fantasme pur. Les auteurs vivent leurs « secondes » de gloire sur internet mais cela ne produit que trop rarement un débordement d’achat. Rien ne remplace 1 mn à la télévision ou une page dans une revue. En fait, le but de Denis Bajram est de faire croire que les auteurs peuvent exister sans les éditeurs. En cela c’est parfaitement vrai, l’auto-édition a toujours existé, rien de nouveau. Mais il a tort en voulant faire penser qu’il est possible qu’un auteur, seul, avec ses propres sous et moyens de communication va être dans la possibilité de faire aussi bien qu’un éditeur qui travaille en équipe, qui a un diffuseur/distributeur, un site internet avec un catalogue… C’est un peu comme dire qu’un éditeur peut remplacer un auteur en écrivant ou dessinant lui-même… C’est toujours possible pour certains mais il est impossible d’en faire une généralité. Par contre, heureusement que Denis Bajram est présent pour faire bouger la situation des auteurs. Dans la bonne ou mauvaise direction, il a le mérite, lui, de vouloir faire en sorte que la profession s’améliore. On ne critique pas celui qui ne fait ou ne dit rien.

La rentrée littéraire de tous les dangers

Le monde de l’édition va très mal. Du presque jamais vu. L’année 2017 avait commencé en douceur. Quelques livres politiques ayant eu quelques réussites dans une période d’élections importantes. Mais le  mois de juin a été mauvais, très mauvais. En interne, entre éditeurs et libraires, le chiffre d’une perte de 3% était mis en avant. Mais l’inquiétude n’était pas de mise. Il est connu que lors d’une année d’élection les clients sont moins nombreux, c’est valable dans tous les secteurs. Et puis le prochain Astérix, en octobre, va faire remonter les fréquentations chez les libraires et les ventes. Mais voilà, les mois de juillet et d’aout ont été eux aussi très mauvais, un peu de trop. Nous voici donc avec un trimestre entier en négatif et avec une perte nationale de 9%. Une véritable catastrophe qu’Astérix et sa potion magique vont avoir bien du mal à combattre. De plus que la rentrée littéraire ne semble pas démarrer ou vraiment doucement. Les libraires sont inquiets mais plusieurs gros éditeurs sont déjà en coulisses en train de réfléchir à des nouveaux plans sociaux. En cause la mise en place courante de la « cavalerie ». Ce sont les ventes des nouveautés qui payent la fabrication et la mise en vente des précédentes parutions. Mais quand un éditeur à plus de trois mois de vente en négatif, il ne possède plus de trésorerie ni d’entrée d’argent suffisant pour couvrir ses frais et ses charges… sans parler des retours car il faut bien faire de la place pour les nouveautés. A toujours vouloir et devoir sortir encore plus de livre avec en face toujours moins de clients avec un pouvoir d’achat suffisant, le mur de la faillite et de la dégringolade est bien en vue. Et il ne faut pas oublier que moins de vente c’est aussi une plus grande pauvreté pour les auteurs. Le monde du livre vient de prendre une grosse claque mais ne semble n’avoir rien compris. La fin de l’année risque d’être surprenante.

(image du blog http://milleviesenune.com/ )